[Imc-france-paris] Bienvenue en Narkozy
FARId
farid at no-log.org
Ven 25 Avr 15:50:27 PDT 2003
Bonjour,
Voila c'est fait, le ministre de l'interieur, de la securite (sic!) et des libertes
'localisees a la Place Beauvau', vient de franchir le mur du son. Tel un mirage 2000, il
vient d'enfumer son monde avec sa nouvelle croisade anti-drogue.
A une semaine, de la marche mondiale pour la liberation du cannabis (218 villes du
monde) et du rassemblement a Paris le samedi 3 mai a 14h, Place de la Bastille... Nous
appelons tou-te-s les forces vives anti-prohibitionnistes a porter des VETEMENTS RAYES
ce jour la, afin de manifester partout ou serez present-e-s, votre soutien a cet
evenement.
Liberons le debat emprisonne par des lois iniques, liberons le cannabis.
Amnestie pour les prisonniers et arrets des interpellations.
Liberons la planete de la guerre a la drogue.
Bonnes plantes - mauvaise loi / Great plants - crazy law
Belle planete - folles guerres / Great planet - crazy wars
Decryptage :
Devant une auguste assemblee de politiciens dont, jusqu'a present, le travail
interessait peu de monde, Monsieur Sarkozy, bien dans son role, vient d'annoncer une
reforme qui prendra du temps, mais attendue depuis trop longtemps (a l'image de
l'abrogation de la double peine).
Intelligemment, il a simultanement rassure la megere de 50 ans cherie par TF1 et extrait
du formol une bonne partie de l'opinion publique. En mettant aux arrets d'une politique
francaise en matiere de stupefiants, par defaut "laxiste" et par essence criminogene, et
pour se preparer aux amenagements d'une harmonisation europeenne ineluctable, le
gouvernement de Jean Pierre R. envisagerait-il a terme la legalisation pour financer les
retraites, par exemple ?
Il est evident que les declarations du roi de Narkosy (martelees sur France Info) sont
stupefiantes, puisqu'elles suscitent, comme dans une partition minutee, quelques remous
au Ministere de la Justice.
Outre le fait qu'il a pose les jalons pour des evolutions dans la loi du 31 decembre
1970, c'est bel et bien la depenalisation qui s'annonce : mais jusqu'ou Jean Pierre R.
peut-il aller ? Et la depenalisation est-elle la meilleure chose a entrevoir ? Vaut-il
mieux preferer la depenalisation-contraventionalisation a la legalisation-reglementation
pure et simple.
Parce que l'enjeu veritable est la mise en place d'une regulation, offrant un acces
legal aux produits. Telle est la question de fond qu'il faut resourdre ! Precisemment
sous quelles modalites pourra-t-on garantir la qualite, le prix et l'acces au cannabis,
a la cocaine, a l'ecstasy ou meme des champignons "psylo" que l'on trouve aisement dans
les pres a vache ?
Certes apporter la reponse a cette question est pour le moment prematuree, puisqu'il
faut "formater" l'opinion publique au(x) changement(s) : les politiciens rechignent a
reformer depuis plus de 20 ans, sous pretexte que l'opinion publique n'est pas prete...
Alors l'"anti"-Narco de la Place Beauvau peut bien nous jouer la partition de la
"tolerance zero" a tous les niveaux, punir et contraventionaliser a tour de bras (apres
la "confiscation du scooter" osera-t-il interdire le "doudou" qui agit comme un
mecanisme addictif et prefigure les futurs "malades" ?)...Quid des amendes supportes par
les parents des enfants turbulents, puisque les jeunes "Tanguy" statistiquement
"squattent" de plus en plus longtemps le cocon familial... Quid de l'autoproduction de
cannabis recreatif ou a des fins therapeutiques et qui se substitue admirablement au
marche du crime organise ?
En fait, il n'a rien dit sur le fond : pour sur, il est sinistre des libertes locales et
veut qu'on lui tresse les lauriers du courageux Saint Bernard qui vient de flairer la
piste d'un corps en putrefaction... qu'un lombric aveugle aurait deniche seul.
Lorsque le petit nicolas martele "qu'il n'y a que des drogues interdites" et que "le
tabac... ne genere pas de delinquance", faut-il lui rappeler que le tabac est la cause
de plus de 50 000 deces par an, et que l'alcool est aussi un facteur de maladies graves,
notamment les consommations abusives qui engendrent la desocialisation d'une partie
grandissante de la population touchee par le chomage et la misere...
Non, Monsieur le Ministre votre numero de claquettes avec des sabots de cul terreux, aux
accents d'homme moderne qui affronte la realite avec pragmatisme, vous n'avez pas resolu
le fosse economique, culturel, social, sanitaire et politique qui separe, la situation
actuelle et une situation future ou les lois seraient justes et efficaces.
Oui, Monsieur le Ministre, nous vivons dans une societe ou il existe une depenalisation
de fait qui profite simultanement aux reseaux mafieux et aux organes de controle et de
repression ; une depenalisation de fait qui permet un controle social base sur le facies
ou la situation sociale, et qui est le plus souvent supporte par les plus faibles ; une
depenalisation de fait qui n'a jamais ete accompagnee d'une reelle mesure d'information
et de prevention... sauf peut-etre le livre "savoir plus, risquer moins" que la MILDT a
eu le merite de mettre largement a la disposition du grand public qui en a fait un best
seller.
Decryptage en detail :
- "Il n'y a pas de drogue douce ou de drogue dure".
La drogue la plus dure, c'est la realite !
- "Il n'y a que des drogues interdites et des usagers qui mettent en péril leur santé et
qui transgressent la loi".
Qu'est ce qu'un stupefiant ? Une substance inscrite au tableau des stupefiants. Cela
fait depuis 1961 que cette regle fondamentale inscrit le controle international des
stupefiants sous le signe de la prohibition, en faisant l'amalgame des substances dans
un classement anti-scientifique.
- "le cannabis c'est dangereux"
Quelle etude serieuse permet de mettre en evidence... plonger dans l'eau si on ne sait
pas nager est TRES TRES dangeureux, boire 1 litre de ricard pur est TRES TRES TRES
dangereux, manger 100 KG de bananes est TRES TRES TRES TRES dangereux aussi.
- "Il n'y a pas de petite consommation personnelle".
Faut-il alors surconsommer avec moderation ?
- "Il n'y a pas d'expérience individuelle".
Doit-on inciter autrui pour s'assumer ?
- "Il n'y a pas des jeunes "libres et branchés"
N'y a-t-il que des vieux ringards et conformistes
- "Tolérer la consommation, c'est favoriser le travail des trafiquants".
Sauf si la consommation est legalisee, encadree, reglementee, regulee selon des
modalites differencies produit par produit.
- "stopper le financement public des associations pratiquant le "testing" des pilules
d'ecstasy"
Pour engendrer plus de risques et de dommages en terme de sante publique...
- "complaisance de la gauche"
Ah Bon ? Laquelle ? Celle qui gouvernait sous la p-residence Chirac qui a pratiquee 80
000 interpellations pour ILS (infractions a la Loi sur les Stupefiants).
Bonne lecture,
FARId GHEHIOUECHE - CAM-RD
06 148 156 79 - farid at no-log.org
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1111 - Le Nouvel Observateur du Jeudi 24 avril 2003 : Drogue, un flop mondial.
2222 - Nicolas Sarkozy veut "reconsidérer" la loi de 1970 sur l'usage de drogues. Source
AFP
3333 - Revue de presse de la MILDT du 24 avril 2003
4444 - Liberation du 24 avril 2003 : Avec Sarkozy, toutes les drogues redeviennent dures
5555 - L'Humanité du 23 avril 2003 : L'échec de la guerre à la drogue
6666 - Le Figaro du 23 avril 2003 : Un « indic » condamné attaque les Douanes
7777 - Liberation du 10 avril 2003 : Paroles d'indics
8888 - Serie de liens vers le site www.nouvelobs.com avec un dossier et un forum.
Article : Drogues : le couac Perben/Sarkozy
Le ministre de la Justice demande à son collègue Nicolas Sarkozy, qui avait jugé
obsolète la loi de 1970, de respecter son champ d'activité.
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Semaine du jeudi 24 avril 2003 - n°2007 - Notre époque
La « guerre totale » menée par l'ONU s'enlise
Drogue: un flop mondial
En 1998, l'ONU s'est donné dix ans pour éliminer les trafics.A mi-parcours, le bilan n'a
rien d'encourageant
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Des réunions de la commission de l'ONU chargée de la lutte contre la drogue, on en a vu
beaucoup depuis que l'organisation internationale existe: 46. Mais celle qui s'est tenue
la semaine dernière à Vienne était particulière. En 1998, l'ONU, sous la pression des
Etats-Unis, s'était fixé un objectif ambitieux: pour les dix années à venir, une guerre
sans merci à la drogue. En 2008, ce serait une affaire terminée ou presque: on aurait
«éliminé ou réduit significativement les plantations illégales de coca, de cannabis et
de pavot» et les trafiquants. On allait faire de même avec ceux qui fabriquent ou
commercialisent les drogues. Et en finir avec un trafic qui génère un chiffre d'affaires
annuel de 400 milliards de dollars.
Cinq ans après, à mi-parcours, c'est l'occasion d'évaluer les succès et les échecs de
cette guerre. Car en matière de drogue l'ONU ne fait pas dans la dentelle: sa doctrine
est calquée sur la doctrine américaine, et soutenue par tous ceux qui ont un besoin
vital des financements américains (pays africains ou Russie). Elle s'oppose à toute
évolution de la répression de l'usage du cannabis (alors qu'en Europe deux pays
seulement continuent de poursuivre les fumeurs de hasch: la France et la Suède). Elle
réprouve toute politique de réduction des risques (sida, hépatite.) pour les
toxicomanes, comme l'échange de seringues ou la fourniture de drogues de substitution.
Des politiques qui ont pourtant largement fait la preuve de leur efficacité: diminution
drastique des overdoses, comme de la criminalité des accros qui veulent à tout prix se
procurer leur dose. Elle est contre les injection rooms néerlandaises, contre l'
utilisation du cannabis comme traitement pour améliorer le sort de certains cancéreux.
Elle dénonce violemment le laxisme supposé des Pays-Bas, bien sûr, ou de la Suisse, mais
aussi des Britanniques qui, après études, ont décidé de faire descendre d'un cran le
cannabis dans leur tableau des substances interdites. Et l'Europe reste muette: la
drogue, ça ne fait pas partie des attributions de l'Union européenne. Alors, chacun s'
exprime dans son coin, et la loi américaine s'applique à tous.
Donne-t-elle au moins des résultats, cette guerre sans merci? A regarder les chiffres
(voir tableau), cela n'a rien d'évident. Pour la cocaïne, on joue aux chaises musicales.
Le Pérou, qui était il y a dix ans le principal producteur de feuilles de coca, a été
supplanté par la Colombie. Les avionnettes qui transportaient la drogue ont disparu au
profit de bateaux qui se glissent tout au long du bassin de l'Amazone. Mais la
production n'a pas varié: un peu plus de 200000 hectares de plantation. Pour le pavot
qui permet de fabriquer opium et héroïne, on assiste à des variations saisonnières dans
les grands pays producteurs, la plus forte de ces variations ayant eu pour cadre l'
Afghanistan, plus gros producteur mondial. «Les talibans avaient passé un deal, explique
un fonctionnaire européen qui a suivi l'affaire de près. Ils s'engageaient à éradiquer
la culture du pavot et demandaient en échange d'être reconnus par l'ONU. Ils ont édicté
des fatwas menaçant de mort tous ceux qui planteraient du pavot. Résultat spectaculaire:
en 2001 l'Afghanistan n'a produit que 180 tonnes d'opium, contre 3276 l'année
précédente.» Depuis que l'Afghanistan a été libéré, la production de pavot est repartie
comme dans les plus belles années.
L'exemple du cannabis est tout aussi éloquent. Le Maroc, signataire des conventions
internationales, laisse cultiver 70000 hectares de marijuana sur son territoire. Le
problème, c'est la concurrence plutôt que la raréfaction des marchés dans une Europe où
pratiquement la moitié des 18-25 ans ont déjà expérimenté l'herbe qui fait planer. La
Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Suisse se fournissent encore au Maroc, mais consomment
surtout de l'herbe cultivée chez eux, la palme revenant aux Néerlandais qui produisent
75% de leur consommation intérieure. Et qui sait que le Canada fait pousser 800 tonnes d
'herbe chaque année, expédiées pour une bonne part aux Etats-Unis voisins, et que cette
coupable industrie rapporte à des petits malins 4 milliards de dollars par an?
Bref, la guerre totale déclarée à la drogue obtient bien peu de résultats. Si peu que
nombre d'ONG qui étaient présentes à Vienne lors de cette réunion de l'ONU ont pu
proclamer haut et fort que tout l'argent dépensé dans cette inutile et coûteuse guerre
de mouvement, dans laquelle les trafiquants ont toujours une longueur d'avance, serait
bien mieux dépensé dans des actions de prévention. Et qu'il serait judicieux, pour
éviter d'encombrer les prisons et de fabriquer des cas sociaux, de ne plus traiter les
usagers de drogue comme des délinquants. Bref, qu'il faudrait d'urgence adopter une
ligne de conduite internationale plus souple. C'est le point de vue d'un homme comme
Raymond Kendall, qui fut secrétaire général d'Interpol pendant quinze ans. «Le dialogue
commence à s'installer, affirme-t-il. Je suis convaincu que nous sommes au tout début d'
une ère nouvelle.» Pourtant, dans les discours prononcés à la tribune officielle, rien n
'annonçait la nouvelle ère en question. La guerre n'est pas terminée.
Gérard Petitjean
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Pubdate: 23 avril 2003 Source: AFP (Association France Presse)
contact: http://www.afp.com/francais/afp/?cat=contact Website: http://www.afp.com
AFP Général
Nicolas Sarkozy veut "reconsidérer" la loi de 1970 sur l'usage de drogues
PARIS (AFP) - Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a annoncé mercredi au Sénat
qu'il souhaitait "reconsidérer" la loi de 1970 qui s'applique aux usagers de drogues
afin de ne plus "rien" tolérer en ce
domaine.
Entendu, sous serment, par la commission d'enquête du Sénat sur la politique nationale
de lutte contre les drogues illicites, M. Sarkozy a estimé qu'il "faut surtout
reconsidérer la loi de 1970 qui a vieilli et
n'est manifestement plus adaptée aux réalités".
"Pour que la lutte contre l'usage de drogues devienne une réalité, il faut que chaque
interpellation donne lieu rapidement à une véritable réponse : sanction ou orientation
vers les autorités sanitaires", a-t-il souligné.
Aussi, afin de mettre en place un "dispositif réellement applicable", M. Sarkozy
souhaite alléger la loi de laquelle "on doit gommer la disposition la plus critiquable :
une peine d'emprisonnement à l'encontre des simples usagers".
En revanche, il souhaite la "création d'une échelle de sanctions adaptées qui permettent
de punir réellement et rapidement tant les mineurs qui consomment occasionnellement du
cannabis ou de l'ecstasy que les usagers d'héroïne qui refusent les soins".
A l'encontre des premiers, M. Sarkozy souhaite "une palette de sanctions : confiscation
du scooter, obligation d'accomplir un travail d'intérêt général, recul de l'âge pour
passer le permis de conduire" par exemple.
Le ministre a indiqué à la commission sénatoriale que la France "détient un triste
record". "C'est le premier pays d'Europe où les jeunes de seize ans consomment du
cannabis", a-t-il relevé. Il a ajouté qu'en France "50% des jeunes ont consommé du
cannabis et 25% le font de manière habituelle et,
entre 2000 et 2002, le nombre de jeunes gens ayant expérimenté l'ecstasy a doublé, c'est
le cas également pour la cocaïne".
Face à cela, alors que le taux de sanctions prononcées (contre les usagers de drogues)
était "de 30% en 1990, en 2001, à peine 8% ont été sanctionnés", a précisé le ministre,
en estimant qu'ainsi "pour 9
consommateurs sur 10, l'usage des stupéfiants s'est trouvé de fait dépénalisé."
"Il n'est pas question d'ordre moral, mais question de sauver une génération entière de
ce fléau" de la drogue, a conclu M. Sarkozy.
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POLITIQUE PUBLIQUE
L'AFP, Libération, Le Figaro, Le Parisien, Les Echos, La Croix, 20 minutes font état de
l'intervention du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, devant la commission
d'enquête du Sénat sur la politique nationale de lutte contre les drogues illicites,
lors de laquelle il a souhaité « reconsidérer la loi de 1970 qui a vieilli et n'est
manifestement plus adaptée aux réalités .
D'après l'AFP, N. Sarkozy veut "reconsidérer" cette loi qui s'applique aux usagers de
drogues afin de ne plus "rien" tolérer en ce domaine. Selon lui elle a " vieilli " et
"n'est manifestement plus adaptée aux réalités". Il souhaite "gommer" de la loi "la
disposition la plus critiquable : une peine d'emprisonnement à l'encontre des usagers"
et propose "une échelle de sanctions adaptées qui permettent de punir réellement et
rapidement tant les mineurs qui consomment occasionnellement du cannabis ou de l'ecstasy
que les usagers d'héroïne qui refusent les soins". Le ministre qui a souligné que la
France "détient un triste record" car elle est "le premier pays d'Europe où les jeunes
de seize ans consomment du cannabis", a précisé que "50% des jeunes ont consommé du
cannabis" et que "25% le font de manière habituelle". Par ailleurs a t-il ajouté "le
nombre de jeunes gens ayant expérimenté l'ecstasy a doublé" et "c'est le cas également
pour la cocaÏne". Affirmant qu' à peine 8% des usagers interpellés ont été sanctionnés
en 2001 contre 30% en 1990, le ministre a considéré que "pour 9 consommateurs sur 10
l'usage des stupéfiants s'est trouvé de fait dépénalisé".
Libération qui titre : « Avec Sarkozy, toutes les drogues redeviennent dures » , parle
de « tolérance zéro pour les usagers de drogue ». « Je réclame de la sévérité à l'égard
des consommateurs. Rien ne sera toléré (.) Il n'y a pas de petite consommation
personnelle, il n'y a pas d'expérience individuelle, il n'y a pas de jeunes « libres et
branchés », il n'y a que des drogues interdites » a affirmé le ministre. Libé explique
que son discours est « clair » et qu'il se « refocalise sur le produit au détriment du
comportement de consommation (.) ». N. Sarkozy qui souhaite « un cadre législatif
rénové » a selon le journal esquissé, « pour les adeptes du cannabis, (...) une palette
de sanctions : « Travail d'intérêt général, recul de l'âge pour passer le permis de
conduire, confiscation du scooter quand il y en a un (.) des sanctions rapides et
adaptées aux mineurs pour les dissuader, car la drogue c'est la mort pour eux ».
Précisant que le ministre a tout de même écarté la prison pour simple usage, le journal
note qu'après les "experts les plus alarmistes" se sont les ministres qui passent devant
la commission et il en déduit : "il semble que la politique gouvernementale s'élabore au
Sénat".
D'après le quotidien, le ministre a parlé de "politique de rupture" car la gauche aurait
"organisé" une "véritable épidémie de consommation chez les jeunes". « La faute au
gouvernement Jospin » assure Mathieu Ecoiffier qui précise que selon le ministre le
précédent gouvernement aurait mis en place « des mesures d'évitement de la sanction" et
qu'il "a suffit de placer sur le même plan les drogues illicites, le tabac et l'alcool,
pour prétendre que la seule politique à mener était la lutte contre les abus et non la
lutte contre l'usage ». Soulignant que selon le ministre le "maintien" de la MILDT est
"souhaitable" mais que celle ci doit "inscrire son action "strictement" dans les
orientations du gouvernement", le journaliste estime que "celles de Sarkozy sont claires
: « Sortir la lutte contre le tabagisme du champ d'activité de la Mildt" car , "dans la
mesure où, s'il est nocif pour la santé, il ne génère pas de délinquance" . En effet
pour le ministre "retenir le seul critère de la dépendance est insuffisant et a conduit
à rendre nos messages confus et inaudibles" .
Assurant qu'« au plan local, Nicolas Sarkozy confierait bien la coordination des actions
de prévention de l'usage des drogues et de la toxicomanie .à la police, en inscrivant
ces questions dans son projet de loi sur la prévention de la délinquance », M Ecoiffier
estime en conclusion que « le ministre de l'Intérieur veut démanteler la Mildt pour
prendre la tête de la croisade contre les drogues" mais qu'il "reste à savoir si
Matignon arbitrera en sa faveur ».
Sous le titre " Sarkozy pour des sanctions contre les usagers" le Figaro indique que le
gouvernement « compte employer les grands moyens pour lutter contre la banalisation"
qu'il "ne compte faire aucune concession" et que "même un fumeur occasionnel devra
s'attendre à être sanctionné (.) ". En effet d'après Nicolas Sarkozy : « La sanction a
une utilité préventive et éducative » . Le Figaro qui précise que le ministre "
s'indigne" que seulement 8% des usagers interpellés en 2001 aient fait l'objet de
sanctions, précise qu'il souhaite voir modifier la loi de 1970 tout en jugeant
"indispensable de prévoir la création d'une échelle de sanctions adaptées ". Affirmant
que la loi "est de moins en moins appliquée" et estimant que pourtant « les services de
gendarmerie et de police n'ont pas relâché leurs efforts pour lutter contre l'usage et
le commerce des stupéfiants" que "les arrestations de trafiquants ont augmenté de 20 %
en 2002 (...)et celles des usagers de 13% », le Figaro fait état de cette interrogation
du ministre : « Comment maintenir cette mobilisation si l'on peut en toute impunité
fumer du cannabis à la sortie même du tribunal ? Et quelle logique y aurait-il à vouloir
éradiquer les trafiquants sans lutter contre la consommation ? ». Françoise Lemoine qui
note par ailleurs que Nicolas Sarkozy « ne souhaite plus placer sur le même plan tabac,
alcool et drogues illicites" voit là ", une démarche qui risque de faire des vagues »
pour ajouter qu'il compte également "rappeler à l'ordre certaines associations" car
selon lui "certaines politiques ont été "dévoyées"".
Soulignant que dans son intervention qui a suivi, le ministre de la santé, a rappelé la
nocivité du cannabis et précisé qu'il était favorable à une modification de la loi de
1970, la journaliste rapporte que Xavier Darcos, dans la sienne, a promis de s'attaquer
à ceux qui trafiquent dans les lycées et collèges.
Des brèves dans les autres journaux
INTERNATIONAL
L'AFP indique que Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il se rendrait « avant l'été » au
Pakistan et en Colombie .
L'objectif du ministre de l'Intérieur est d'établir une coopération bilatérale en
matière de lutte contre les stupéfiants. Il a précisé par ailleurs qu'à l'occasion de
cette visite, la France allait « installer au Pakistan une équipe de policiers
formateurs dans la lutte contre la drogue » . Nicolas Sarkozy se rendra aussi en
Colombie accompagné de collaborateurs et des ministres de l'intérieur britannique et
espagnol, pour signer un accord dans le domaine de la lutte contre le trafic de
stupéfiants.
Le ministre a déclaré : « Il faut revoir la liste des euro-crimes » ( faits reconnus
comme étant des crimes par l'ensemble de l'Union européenne) et il a regretté « le
trafic d'euros est un euro-crime, celui de drogue ne l'est pas » . Il a souhaité
également que "les ministres de la justice et de l'Intérieur des pays les plus concernés
se voient plus souvent, s'échangent leurs renseignements et agissent opérationnellement
de concert" .
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LIBERATION - jeudi 24 avril 2003
Par Matthieu ECOIFFIER
Avec Sarkozy, toutes les drogues redeviennent dures
Au Sénat, il a ciblé les usagers de cannabis et dénoncé une «épidémie de
consommation chez les jeunes».
Tolérance zéro pour les usagers de drogue. «Je réclame de la sévérité à l'égard des
consommateurs. Rien ne sera toléré. (...) Il n'y a pas de petite consommation
personnelle, il n'y a pas d'expérience individuelle, il n'y a pas de jeunes "libres et
branchés", il n'y a que des drogues interdites», a martelé hier Nicolas Sarkozy au
Sénat, devant la commission d'enquête sur la politique nationale de lutte contre les
drogues illicites.
Outre un discours «clair», qui se refocalise sur le produit au détriment du comportement
de consommation, le ministre de l'Intérieur a souhaité «un cadre législatif rénové».
Pour les adeptes du cannabis, il a esquissé une palette de sanctions : «Travail
d'intérêt général, recul de l'âge [pour
passer] le permis de conduire, confiscation du scooter quand il y en a un».
«Des sanctions rapides et adaptées aux mineurs pour les dissuader, car la drogue c'est
la mort pour eux», a-t-il expliqué, écartant, tout de même, la prison pour simple usage.
«Fléau». De grands mots, qui ont ravi les sénateurs, obsédés par la ritournelle du
«fléau» des drogues. Après les experts les plus alarmistes (Libération du 14 mars),
c'est au tour des ministres Luc Ferry
(Education), Jean-François Lamour (Sports), Jean-François Mattei (Santé) de défiler
devant cette commission. Il semble que la politique gouvernementale sur les drogues
s'élabore au Sénat. Une politique de «rupture», a souhaité Nicolas Sarkozy.
A l'en croire, la gauche aurait «organisé» une véritable «épidémie de consommation chez
les jeunes. (...) La moitié ont ex périmenté le cannabis, un quart en consomment
habituellement. Et, en deux ans, la consommation d'ecstasy et de cocaïne a doublé»,
a-t-il tonné chiffres sortis de leur contexte à l'appui. La faute au gouvernement
Jospin, qui a mis en place «des mesures d'évitement de la sanction» judiciaire, et à son
dogme : «Il a suffi de placer sur le même plan les drogues illicites, le tabac et
l'alcool, pour prétendre que la seule politique à mener était la lutte contre les abus
et non la lutte contre l'usage.»
Après le diagnostic «inquiétant», le remède. Pour le ministre de l'Intérieur, le
«maintien» de la Mildt (mission interministérielle de lutte contre la drogue et la
toxicomanie) est «souhaitable», mais elle doit
inscrire son action «strictement» dans les orientations du gouvernement.
Celles de Sarkozy sont claires : «Sortir la lutte contre le tabagisme du champ
d'activité de la Mildt, dans la mesure où, s'il est nocif pour la santé, il ne génère
pas de délinquance. (...) J'estime que retenir le seul
critère de la dépendance est insuffisant et a conduit à rendre nos messages confus et
inaudibles.» Au risque de casser tout élan aux actions contre le tabagisme, mises en
place justement à partir d'un consensus politico-scientifique.
Amalgame. Enfin, au plan local, Nicolas Sarkozy confierait bien la coordination «des
actions de prévention de l'usage des drogues et de la toxicomanie»... à la police, en
inscrivant ces questions dans son «projet de loi sur la prévention de la délinquance».
Sans redouter l'amalgame entre jeune drogué souffrant et délinquant. En fait, le
ministre de l'Intérieur veut démanteler la Mildt pour prendre la tête de la croisade
contre les drogues. Reste à savoir si Matignon arbitrera en sa faveur.
© Libération
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Pubdate: 23 avril 2003 Source: L'Humanité (France) Copyright: © L'Humanité
contact: endirect at humanite.presse.fr Website: http://www.humanite.presse.fr/journal/
Toxicomanie. Rapport sur le plan mondial d'éradication de la drogue.
L'échec de la guerre à la drogue
L'ONU a réuni sa commission des stupéfiants, la semaine dernière, à Vienne. Son bilan
intermédiaire est ambigu.
Par Serge Garde,
Au sous-sol, les ministres et délégués de 124 pays ont approuvé un rapport qui qualifie
d'"encourageants" les progrès obtenus afin "d'éliminer ou de réduire significativement
la production illicite de cocaïne, du chanvre indien et du pavot, la vente et le trafic
illicites de substances psychotropes, y compris les drogues synthétiques et d'atteindre,
d'ici à 2008, des résultats significatifs mesurables en matière de réduction de la
demande". Réunies en contre-session au premier étage, des organisations non
gouvernementales (ONG) et diverses personnalités ont dénoncé "l'échec flagrant" de cette
"stratégie de guerre à la drogue".
Un nombre croissant de nations adhère actuellement au discours prohibitionniste qui
prévaut à l'ONU. Mais les statistiques officielles ne confirment pas les résultats
promis. Certes, les récoltes de coca ont
baissé en Colombie en 2002, mais globalement la production est restée stable, et même
supérieure à celle de 1985. Concernant l'héroïne, l'année 2001 a été marquée par une
éradication quasi totale du pavot en Afghanistan. Ce succès, le seul tangible, n'est, en
réalité, qu'un effet de la dictature des taliban. Dès la chute de leur régime, la
production de pavot a retrouvé son niveau élevé, avec plus de 3 000 tonnes. Deux fois
plus qu'en 1990.
Les saisies et la consommation du cannabis ont sensiblement décliné en 2001, en même
temps qu'on constate une forte hausse des trafics d'amphétamines, d'ecstasy et de leurs
dérivés de synthèse. Globalement stabilisée dans les pays développés, la consommation
s'envole dans les pays pauvres. La transmission du VIH par injection suit les mêmes
courbes, avec une forte augmentation en Asie et en Europe de l'Est. À l'heure actuelle,
rien ne permet d'imaginer une éradication pour 2008. La déclaration ministérielle
commune reconnaît d'ailleurs que "les progrès ont été inégaux".
La plupart des intervenants ne peuvent être soupçonnés de complaisance par rapport aux
stupéfiants. Ainsi, le Britannique Raymond Kendall, ancien secrétaire général d'Interpol
: "La drogue, j'en connais les effets destructeurs. Dans la plupart des pays, on a
concentré l'action sur la répression, car c'est plus simple. Mais le fait de transformer
le consommateur de drogue en délinquant est contre-productif. La toxicomanie, c'est un
problème social." Le super-flic Kendall est farouchement opposé à la légalisation du
cannabis. Mais son expérience lui a permis de vérifier l'inefficacité de la prohibition
et de la répression de la consommation.
"Il faut lutter contre les trafics, c'est cela le travail de la police. On peut le faire
sans jeter les consommateurs en prison." Le professeur Peter Cohen, de l'université
d'Amsterdam, démontre, chiffres à l'appui, que la consommation de stupéfiants en Europe
reste marginale, quelle que soit la politique menée, répressive ou tolérante. En France,
26 % des personnes interrogées disent avoir fumé au moins un joint dans leur vie. "En
Hollande, où il existe plus de coffee-shops (1) que de boucheries, remarque
le professeur Cohen, le pourcentage des consommateurs de cannabis est d'environ 20 %."
Les personnes dont la consommation chronique de stupéfiants pose un problème de santé et
de sécurité ne dépassent jamais les 1 ou 2 % de la population. En regard, le coût de la
répression de la consommation paraît disproportionné.
En Italie, note Franco Corleone, président du Forum Drogues, "nous avons 50 000 lois,
mais une seule, celle concernant les stupéfiants, remplit la moitié des prisons". En
France aussi, la surpopulation carcérale s'explique, en grande partie, par la répression
des délits liés aux stupéfiants. "Une prison, c'est un bâtiment clos où tout le monde
est strictement contrôlé. Et pourtant des drogues y circulent. Imaginer qu'on peut
contrôler le pays relève de l'utopie, note Guillaume Fournier, chercheur au CNRS, membre
du Senlis Council (2). Comment pourrait-on être plus efficace à l'échelle d'un pays ?
Quel serait le prix de ce contrôle en matière de libertés publiques ?" L'arrêt de la
répression contre les consommateurs n'amoindrirait pas la lutte contre les trafics. Au
contraire, puisque comme le note l'ancien patron d'Interpol, Raymond Kendall, "la police
perd beaucoup de temps et de moyens pour mettre en prison les toxicomanes qui sont des
victimes de ce fléau".
Ancien ambassadeur de la Grande-Bretagne en Colombie, entre 1990 et 1994, sir Keith
Morris était prohibitionniste. Il était en première ligne lors de l'offensive qui a été
menée contre Pablo Escobar : "Sous couvert de guerre à la drogue, l'aide internationale
et les États-Unis en premier lieu ont
aidé le gouvernement colombien à se débarrasser du cartel de Medellin, devenu menaçant
pour le régime. À la mort d'Escobar, la production de cocaïne est restée au même niveau.
Simplement, le cartel de Cali avait supplanté son rival de Medellin. C'est le seul
résultat tangible obtenu.
Nous, gouvernements occidentaux, nous avons dit aux Colombiens : Détruisez vos champs de
coca et nous réduirons le blanchiment des narcodevises et le commerce des produits
chimiques précurseurs qui permettent de fabriquer la cocaïne. Nous n'avons jamais tenu
nos promesses." L'ambassadeur souligne un paradoxe : "Les États-Unis, champions de la
prohibition, ont initié une libéralisation à outrance. Imaginez le choc !"
La grande messe onusienne a été troublée par les ONG. Parallèlement à ces travaux, pour
la première fois, elles ont tenu une contre-réunion dans le même bâtiment que le sommet
officiel. Elles ont contesté la stratégie de l'ONU, qu'elles qualifient d'"un échec
total et ruineux". D'éminentes voix se sont élevées pour demander que soient repensées
les stratégies à suivre pour lutter contre le fléau des psychotropes.
L'heure est plutôt au durcissement. La France et d'autres pays risquent vite de se
retrouver en porte-à-faux par rapport aux exigences prohibitionnistes des États-Unis.
Les programmes de réduction des risques, tels que l'échange de seringues aux drogués,
tendent à être assimilés, au sein de l'ONU, à la violation de l'esprit des trois
conventions internationales sur la lutte contre les drogues. Face à ce raidissement, les
Pays-Bas, la Suisse, la Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie et la
Nouvelle-Zélande expérimentent des formes de dépénalisation de la consommation. En marge
de la session de l'ONU, le ministre français de la Santé, Jean-François Mattei, nous a
révélé (voir l'Humanité d'hier) qu'il allait proposer une réforme de la loi de 1970 qui
fait de la consommation de psychotropes un délit, afin de mieux soigner, hors prison,
les toxicomanes.
Longtemps bloqué et faussé par des a priori, le débat sur les drogues est en passe
d'exploser.
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Pubdate: 23 avril 2003 Source: Le Figaro (France)
contact: http://groupe.lefigaro.fr/menu/index_contact.php Website:
http://www.figaro.net/
DROGUE L'administration l'utilisait pour piéger les trafiquants
Un « indic » condamné attaque les Douanes
Par Françoise LEMOINE
C'est une première et la direction des Douanes s'en serait volontiers passée : un détenu
de la prison de Nantes, Marc Fiévet, 58 ans, porte plainte contre certains de ses agents
et non des moindres pour «complicité de trafic de stupéfiants et subornation de
témoins ». Il sera entendu à Paris le 29 avril par le juge d'instruction Sophie Clément
qui a déjà recueilli les témoignages de hauts responsables des Douanes, mais aussi de
l'ancien ministre du Budget Michel Charasse.
Bien au-delà d'un règlement de comptes c'est tout un système, dont il s'affirme victime,
que Fiévet veut dénoncer : celui des « aviseurs ».
L'aviseur est aux douaniers ce que « l'indic » est aux policiers. Fiévet en était un :
l'un des plus brillants et des plus efficaces. C'est même ce qui l'a perdu. Il est en
prison depuis près de neuf ans, et pour longtemps encore, pour s'être, selon lui, trop
investi, pour avoir collaboré trop activement pendant six ans avec l'antenne de la DNRED
(Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières) de Nantes. Non
seulement les douaniers ne contestent pas ses états de service, mais ils les ont
reconnus
devant les juges lors d'un procès qui s'est déroulé au Canada. Dans un document remis
aux magistrats, un haut responsable des Douanes a certifié : « Marc Fiévet a permis aux
Douanes d'appréhender 18 tonnes de cannabis, 150 kg de cocaïne, de saisir 21 navires et
11 véhicules, et d'arrêter 97
personnes en flagrant délit. » C'est beaucoup, mais Fiévet estime qu'on est encore
largement en dessous de la vérité et il le raconte dans un livre qui sort demain (1).
L'aviseur y exprime sa rage et son amertume, son sentiment d'avoir été totalement
manipulé puis abandonné. Issu d'une famille bourgeoise, Fiévet ne cache pas son goût de
l'aventure qui l'a conduit à se lancer dans un tour du monde en bateau après avoir
remisé son costume trois pièces de cadre supérieur. Jetant l'ancre à Gibraltar en juin
1987, il entre en contact, par hasard, avec un officier traitant des Douanes de Nantes à
la recherche d'un « aviseur » sur le secteur. Fiévet propose ses services.
Pour les Douanes, l'homme est un agent idéal : ancien chef d'entreprise, intelligent, il
n'a jamais touché à la drogue, éprouve une réelle antipathie pour les trafiquants. Il
est donc enrôlé, sous le matricule NS
55, et se distingue très vite. Après quelques mois, et un bilan impressionnant, il est
présenté officiellement aux douaniers espagnols, allemands, britanniques, avec lesquels
il collabore également. Il prend une envergure telle que le ministre du Budget de
l'époque, Michel Charasse, le reçoit à plusieurs reprises à Bercy. Interrogé sur ce
point, l'ancien ministre nous a confirmé qu'il connaissait Marc Fiévet, tout en nous
précisant qu'il ne voulait plus en entendre parler.
Marc Fiévet, en tout cas, se pique alors au jeu, oubliant qu'aux yeux de la loi et de
l'administration, il n'existe pas et qu'en cas de pépin il ne pourra se prévaloir
d'aucun mandat. Et c'est bien ce qui arrive. Encouragé par les Douanes, l'aviseur
transporte de la drogue à bord de ses bateaux pour les plus grands mafieux qu'il dénonce
à chaque opération en prenant des risques insensés. Il « travaille » ainsi pour
d'anciens hommes de main du GAL espagnol, pour des terroristes de l'IRA, puis devient
l'associé d'un des plus grands narcotrafiquants du monde que les douaniers de Nantes
peuvent ainsi suivre à la trace en permanence.
Mais l'implication de Fiévet est telle que les douaniers anglais et canadiens finissent
par avoir des doutes sur ses activités réelles et le font arrêter après une saisie
record de 5,4 tonnes de cocaïne sur l'un de
ses navires, au large du Canada. Une saisie effectuée grâce à lui puisqu'il avait
indiqué le transport aux douaniers de Nantes. S'ensuit alors un incroyable imbroglio
juridique. Fiévet assure que les Douanes françaises lui conseillent de plaider coupable,
lui certifiant que tout s'arrangera ensuite « entre amis » après sa condamnation. Un
diplomate du consulat de France vient, dit-il, lui tenir le même discours dans sa prison
canadienne.
L'aviseur, persuadé que son procès est arrangé en coulisse, ne prendra même pas
d'avocat. Résultat : la perpétuité. Autorisé à venir purger sa peine en France, Fiévet
pense être libéré sitôt rentré au pays, mais les juges français adaptent simplement sa
peine à notre Code pénal : vingt ans de prison. Fiévet ne comprend plus : il devra
rester derrière les barreaux jusqu'en 2017...
A la direction des Douanes, à Paris, on se refuse à tout commentaire. A titre privé, et
sous réserve d'anonymat, des douaniers avancent une autre version : « Petit à petit
Fiévet était devenu un trafiquant. Il a fini par jouer pour son compte et il doit en
assumer les conséquences. Il s'est mis tout seul en péril. Pire : il a porté un coup aux
méthodes de travail des agents des douanes en trafiquant à l'étranger sans en avertir sa
hiérarchie. NS 55 est un épiphénomène dans le domaine des aviseurs. Si on le sortait de
là, ce serait un casus belli. ». Marc Fiévet dément formellement cette version et compte
bien le signifier au juge Clément.
Il n'a plus rien à perdre, et n'a plus l'intention de plaider coupable...
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Pubdate: 10 avril 2003 Source: La Libération
Contact: http://www.liberation.fr/courrier Website: http://www.liberation.fr
Libération, n° 6814
TELEVISION, jeudi 10 avril 2003, p. 38
Docu /Risques et pratiques souterraines du métier.
Paroles d'indics
Par TOURANCHEAU Patricia
Vus de l'intérieur, quatre informateurs qui ont servi polices ou douanes pour faire des
affaires de drogue, révèlent à visages cachés le dessous des cartes, les risques du
métier et les pratiques souterraines.
Le plus classique, Franck, toxico à Paris, et balance dix ans, a été «serré en pleine
transaction» par les flics : «Ils m'ont mis le marché en main, j'ai pas eu le choix.» Le
nom du dealer en échange de la liberté. L'accro à l'héroïne a continué à «donner»
parfois sous les coups d'un flic «limite voyou», puis a rempilé cinq ans avec un
commandant pour «sa façon de te respecter» et pour sa dose quotidienne : aller «à
l'achat» comme un appât pour les flics planqués dans un «sous-marin» qui, derrière,
attrapent le vendeur et le hasch, sans jamais apparaître dans les procédures, car ses
mentors ne demandaient pas l'accord de la justice pour réaliser ces «coups d'achat».
Le plus pathétique, Marc Fièvet ou NS 55, armateur à Gibraltar et meilleur aviseur des
douanes françaises payé 30 % du montant des saisies , a infiltré les organisations du
crime et transporté la came sur ses bateaux, avec l'aval de ses agents traitants et du
ministre du Budget Michel Charasse (1). Sous la pression de ses employeurs, exigeant
«des affaires toujours plus grosses», Marc Fièvet s'est attaqué à plus fort que lui, à
Claudio Locatelli, parrain italien lié aux cartels colombiens : «ça change de dimension,
c'est plus de l'artisanat mais de l'industriel», explique son fils Laurent embarqué dans
l'histoire avec son aviseur bourlingueur de père et qui s'exprime pour la première fois
à l'écran. NS 55, qui a pignon sur
rue à Gibraltar avec femme et enfants, propose ses bateaux à Locatelli pour convoyer la
marchandise, devient son «bras droit» pour donner le change, et patron de ses sociétés
off-shore. Sa femme Chantal relate «l'emprise de l'Italien» sur Marc Fièvet : «Mon mari
s'est retrouvé dans un piège, Locatelli savait tout de lui, mon mari a eu très peur que
Locatelli sache qui il est. Il en fait part aux douanes» qui lui donnent l'ordre «de
rester» collé à ce gros bonnet. Ce qui l'a plombé. Fièvet a plongé avec Locatelli, et a
été condamné à perpétuité au Canada. Après deux refus de grâce présidentielle, NS 55
attaque sa neuvième année de prison à Nantes.
Le plus inédit, c'est l'apparition télévisée du surnommé José, un indic brésilien de
haut vol qui composait avec Franco un célèbre tandem de provocateurs sud-américains
utilisés par l'office des stups français
(Ocrtis) sur une dizaine d'opérations internationales. Même sur «des coups de vente»
illégaux. José livre là un témoignage édifiant, son «assurance vie», à l'ex-commissaire
suisse Fausto Cattanéo, ancien agent qui a infiltré les cartels de la drogue et a chuté
à cause de l'Ocrtis. Remonté contre la justice qui a couvert des pratiques illicites, le
commissaire helvète déchu mène l'interview de José à la façon d'un interrogatoire et
prend sa déposition, aujourd'hui confiée à un avocat. A en croire la balance, au lieu de
monter des opérations d'achat légalisées pour démanteler des trafics et retirer la
drogue du circuit, l'Ocrtis aurait ponctionné 60 kg de cocaïne déjà saisis dans les
stocks de la police brésilienne pour piéger à Nice deux vrais grossistes italiens qui
ont acheté la marchandise aux deux faux vendeurs, José et Franco, payés sur la bête par
l'Ocrtis 125 000 dollars. Face aux accusations détaillées de José
avec photos des valises de came brésilienne à l'aéroport sur ce «coup de vente»
illicite, les dénégations du commissaire Farrugia de l'office des stups ne paraissent
guère convaincantes. Cette plongée réaliste dans le monde obscur des balances et des
taupes survient le lendemain de la présentation par le ministre de la Justice du projet
de loi contre la criminalité organisée qui veut justement multiplier ce type d'agents
undercover (sous couverture), étendre «l'infiltration» des réseaux déjà autorisée pour
la lutte contre les stupéfiants au terrorisme, au grand banditisme, au proxénétisme et
au trafic d'armes, mais aussi récompenser et protéger les «repentis» par des réductions
de peines et des identités d'emprunt.
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Un dossier "mis a jour" : http://permanent.nouvelobs.com/politique/
et un article qui reagit a l'actualite suite aux declarations de Sarkozy :
http://permanent.nouvelobs.com/politique/20030424.OBS0000.html
STUPEFIANTS
Drogues : le couac
Perben/Sarkozy
Le ministre de la Justice demande à son collègue Nicolas Sarkozy, qui avait jugé
obsolète la loi de 1970, de respecter son champ d'activité.
Léger couac au gouvernement: non sans un certain agacement, le ministre de la Justice
Dominique Perben a invité son collègue Nicolas Sarkozy, qui avait jugé obsolète la loi
de 1970 sur les drogues, à respecter son champ d'activité.
"Je ne sais pas ce qu'a exactement voulu dire le ministre de l'Intérieur," a glissé le
Garde des Sceaux, interrogé jeudi par France-Info lors d'un déplacement dans la Drôme.
"Ce que je veux simplement indiquer pour ce qui me concerne, ministre de la Justice qui
suis en charge de ces questions, c'est que pour l'instant il n'a pas été décidé de
modifier la loi de 1970. Si cela m'apparaît nécessaire, j'en ferai la proposition au
gouvernement".
Nicolas Sarkozy a réaffirmé jeudi après-midi à Nanterre son intention de modifier la loi
de 1970, car "en terme de complaisance, de conformisme, d'hypocrisie et d'une certaine
forme de lâcheté, on est les champions du monde".
Discours mondain
"Que cela se sache : l'usage de la drogue doit être illicite", a-t-il dit devant des
élus et des responsables de la sécurité des Hauts-de-Seine réunis depuis jeudi matin
pour les "assises départementales de la sécurité".
Reprenant l'argumentation qu'il avait développée mercredi devant la commission d'enquête
du Sénat, il a estimé que la France était "le pays d'Europe où les adolescents de 16 ans
consomment le plus de cannabis". "La situation est catastrophique", a-t-il dit.
"Il faut en finir avec la complaisance, y compris sur les usagers", a-t-il ajouté,
dénonçant "ce discours mondain, irresponsable, qui prétend que laisser un gosse de 16
ans fumer de la drogue c'est la marque d'une liberté". "Accepter que la moitié des
jeunes de 16 ans se droguent régulièrement, c'est préparer une catastrophe sanitaire
pour notre pays", a-t-il ajouté.
"A quoi sert de parler du rôle des familles, de l'école, de la prévention quand on
assiste impuissant, désarmé, sans aucun courage et rempli d'hypocrisie à cette véritable
épidémie qu'est la consommation de drogue chez les plus jeunes", a déclaré M. Sarkozy.
Un autre article du Nouvel Observateur :
http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=politique/20030424.OBS0000.html&host=http:/
/permanent.nouvelobs.com/&a=art&aaaammjj=200304&aaaammjj2=20030425&amjg=200304&num=00000
1512&m1=drogues&m2=&m3=&rubrique=&rubrique_sci=&amj1=&amj2=&host=http://permanent.nouvel
obs.com/&debut=20030410
Un forum de debat du Nouvel Observateur ou deja plus de 1773 points de vues et
reactions.
http://permanent.nouvelobs.com/cgi/debats/aff_messa?id=200101200018
999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999999
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