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Tue Jul 1 08:45:30 PDT 2008
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Date : Tuesday, Jul 1 2008, 5:45pm
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--- Story 14566 ---
Title : LA COMMUNE DE OAXACA ET SES 2 ANNEES DE LUTTE POPULAIRE
Subtitle :
Topic : Actions directes
Region : Global
Type : Valide
Language : Francais (fr)
Author : Ian
Organisation :
Email :
Phone :
Address :
Related Link : http://www.kehuelga.org/~caracolazul/ian/
Time Posted : Sunday, Jun 29 2008, 8:08am
--- Summary ---
Article relatant les évenements autour du second anniversaire du début du mouvement social et populaire de Oaxaca, au Mexique, le 14 juin 06 ; et partageant différentes visions sur la construction de la suite du processus d'autonomie sociale et politique depuis la base populaire. <br />
C'est agrémenté, comme de coutume, de références livrographiques, cinémathèques et internauphiles... A noter la fraîche sortie du livre « La Commune dOaxaca - chroniques et considérations» du compañero Georges Lapierre (cf. références à la fin de l'article) ; et de l'intégration du novice Ian dans la secte autonome du Caracol Azul, qui vous permet de télécharger gratuitement des émissions radio autoproduites sur Oaxaca et autres luttes mexicaines (cf. lien internet). <br />
<br />
Des photos auto-produites sont visuables sur Indy Suisse Romande : <a href="http://ch.indymedia.org/fr/2008/06/60970.shtml" title="http://ch.indymedia.org/fr/2008/06/60970.shtml">http://ch.indymedia.org/fr/2008/06/60970.shtml</a>
--- Content ---
A DEUX ANNEES DE LA COMMUNE DE OAXACA <br />
<br />
Le 14 juin 2006, vers 5H du matin, différents corps de police entraient sur le Zocalo, place centrale, de la ville de Oaxaca (SE du Mexique) pour déloger et réprimer violemment le plantón (campement) des maestras et maestros (instituteurs et professeurs) demandant au gouvernement plus de moyens matériels et de ressources économiques pour léducation sur la ville et les communautés de lEtat de Oaxaca. De multiples brutalités et quelques détentions furent opérées par la Police. <br />
Cette réponse de lEtat par la force, loin de mettre fin aux revendications et à la lutte des maestr at s, qui sest construit depuis le début des années 80, allait donner un des plus grands mouvements populaires et sociaux connus ces dernières années au Mexique, voir en Amérique centrale et du Sud. Certain-es la compareront même à la Commune de Paris de 1870 sous le nom de commune libre de Oaxaca. <br />
En effet, de juin à novembre 06, le mouvement des maetr at s, comprenant plusieurs dizaines de milliers de personnes va compter très vite lappui des étudiant-es, des commerçants et dune grande partie de la « société civile » de la ville et de lEtat. La première manifestation de soutien et de dénonciation de la répression comptera 300 000 habitant-es, et les suivantes « megamarchas » ne cesseront pas de samplifier jusquà atteindre un million de personnes (à noter que lEtat de Oaxaca compte 5 millions dhabitant-es). <br />
Durant ces six mois, une base sociale et populaire autogérée va se créer, jusquà prendre une base formelle sous lappellation d « APPO » (Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca), qui va permettre dautogouverner la ville, et plusieurs villages (Zaachilla, Santa Martha
) sur une base participative et sous la forme, entre autres, dassemblées populaires, comme outil de décisions sociales et politiques, coutumes indigènes locales, quelles soient Mixtèques, Mixe ou Zapotèques. <br />
Cette organisation sociale verra apparaître les, à présentes, très représentatives et symboliques barricades du mouvement oaxaquenien, forme de défense contre les attaques policières et militaires, connues sous le non descadrons de la mort, opérant les violences, détentions et autres pressions contre les personnes impliquées dans le mouvement. <br />
Cette lutte, lancée par des revendications autour de léducation, sétendra beaucoup plus largement contre la corruption étatique représentée par le gouverneur de lEtat Ulises Ruiz Ortiz, le peuple demandant sa destitution ; et la fin de lère du « caciquisme » et de loppression sociale et économique subie par les peuples indigènes de lEtat. En outre, leur volonté de gérer la politique depuis la base nest plus à démontrer. Pour exemple, labstention électorale atteignant respectivement 66% pour les votations de députés en août 07, et celles des présidents municipaux (maires) affichant un « score record » de 83% en octobre de la même année, est un message clair sur le refus de la politique de partis «traditionnels » orchestrés par les partis du PAN (Parti daction Nationale / Ultra droite au pouvoir actuel de la présidence du Mexique), PRI (Parti Revolucionaire Institutionnel/ Droite au pouvoir, entre autre, de lEtat de Oaxaca) et PRD (Parti Révolutionnaire Démocratique (Gauche institutionnelle, gagnante légitime- hors corruption- de lélection présidentielle de 06). <br />
<br />
Ce mouvement social a subi, et continue de subir son lot de répression, 26 morts sont dénombrés de juin à novembre 06 (dont 3 qui ne sont pas reconnus par tous et toutes comme liés à la révolte populaire de lAPPO) ; plusieurs centaines de détentions « politiques », pour la majorité du 29 octobre au 25 novembre, mois de lentrée de la PFP (Police Fédérale Préventive) et de la « récupération » de la ville par les forces gouvernementales ; des dizaines de disparitions ; et de multiples violences, brutalités et humiliations. <br />
A noter, quaujourdhui, il reste toujours trois prisonniers politiques, mais plus aucune personne disparue nest à déplorer. Après la fin de lexil forcé de la profesora Carmen López Vásquez, revenue à Oaxaca ce 14 juin 08 ; il semble ne rester plus que la Doctora Berta Muñoz, réfugiée un an en Bolivie, et actuellement à Mexico, qui continue de subir une pression psychologique gouvernementale très forte (« Nous allons te couper la langue » ; « Nous allons te violer avec le microphone ») afin de lempêcher de parler au médias de communication, avec en outre des mandats darrêt en vigueur pour, comme de coutume mexicaine, des délits inventés que sont : incendies de la cour suprême de justice et de la banque Banamex, résistance à lautorité et sédition/rébellion à lEtat (elle a une force dactiviste guerillera sous sa soixante dannée, non ?). <br />
Cette femme, surnommée populairement « Doctora Escopeta » (Docteur Fusil), des plus investies dans lAPPO (assurant lunique ambulance populaire et une des voix importantes de Radio Universidad), arbore le respect de quasi tous les acteureuses du mouvement de 06 (des électoralistes du PRD aux anarchistes radicaux). Ses efforts pour créer une force populaire unie ainsi que ses phrasés sont devenues « célèbres » : elle sopposa à laffrontement avec la Police Fédérale Préventive et leurs attaques chimiques contre le peuple : « Alors quest-ce que vous allez faire maintenant, allez-y, lancez moi les gaz lacrymogènes, ça me permettra dêtre immunisée et ainsi plus résistante » ; ainsi quà une action dincendie de la station service de PEMEX par quelques jeunes : « Eh, vous avez penser comment vous fabriquerez vos cocktail Molotov sans pétrole » ! <br />
Elle déclarait le 11 juin dernier que « Ne pas avoir vaincu le gouverneur depuis deux ans ne signifie pas que cela soit une défaite. Maintenant avec tout ce quil sest passé, notre conscience est plus profonde, par lexpérience. Beaucoup de gens dans les communautés et les quartiers sont plongés dans un travail discret de construction dune organisation plus authentique, plus solide, avec lidée que démocratiser Oaxaca va beaucoup plus loin que de seulement virer Ulises Ruiz ». Je vous conseille vivement la suite de cette interview publiée au quotidien alternatif « La Jornada », où elle parle aussi des peurs de larrestation, de son retour à Oaxaca et des nouvelles formes de lutte de lAPPO : <a href="http://www.jornada.unam.mx/2008/06/11/index.php?section=politica&article=025n1pol" title="http://www.jornada.unam.mx/2008/06/11/index.php?section=politica&article=025n1pol">http://www.jornada.unam.mx/2008/06/11/index.php?section...n1pol</a> <br />
A visionner aussi, lentretien du 13 juin sur la « CNN en español », avec de très intéressantes explications sur les bases du conflit et la répression de lAPPO, sur ce lien : <br />
<a href="http://www.tu.tv/videos/aristegui-la-voz-de-la-appo-oaxaca" title="http://www.tu.tv/videos/aristegui-la-voz-de-la-appo-oaxaca">http://www.tu.tv/videos/aristegui-la-voz-de-la-appo-oaxaca</a> <br />
<br />
De novembre 06 (apogée de la répression) à juin 08 (commémoration des deux ans de début du mouvement), vont alors se développer différentes formes pour que tout ce qui sétait créé durant ces 6 mois de révolte populaire ne crève pas à petit feu
<br />
Trois conseils estatals (assemblée générale de propositions et dactions communautaires) de lAPPO vont avoir lieu de novembre 06 à novembre 07 ; des constructions dorganisation plus affinitaires vont voir le jour au niveau des quartiers, villages et groupes politiques dont un, créé en février 07, VOCAl (Voix Oaxaquennienes pour la Construction de lAutonomie et liberté), composé principalement de jeunes anarchistes travaillant en lien avec de multiples personnes et collectifs, et souvent décrié comme les radicaux et provocateureuses du mouvement. Plus récemment, eu lieu une rencontre de deux jours pour discuter et agir pour la construction dune politique populaire, en avril 08, réunissant des personnes et collectifs (OIDHO- Organisations Indigènes pour les Droits Humains à Oaxaca, CESOL-Centre Social Libertaire- entre autres) critiquant la non avancée du conseil de lAPPO actuel et son incarnation et représentation par des leadership politiques cherchant la conquête de pouvoir ; un projet de caravane dans les villages de lEtat pour aller à lencontre des luttes, problématiques et répressions contre les communautés indigènes, échanger sur les luttes urbaines, ainsi que de produire et diffuser des médias autoproduits parlant de cette mémoire de luttes, la première étape a eu lieu du 05 au 12 mai de cette année dans différents villages de lIsthme de Tehuantepec. Et tout dernièrement une occupation du Zocalo de Oaxaca du 15 mai au 14 juin, prenant une nouvelle forme que les années précédentes : mise en place dun tournus de délégation des maestr at s afin de moins affecter la suspension des cours ( au final 30% du programme annuel de cours ne seront pas assurés), appel dune grève générale des écoles du pays qui bloquera jusquà 70% des écoles à Oaxaca, affectant plus dun million délèves (soutenus principalement par les Etats de Chiapas, Michoacán et Guerrero) blocages de rues et de transports
<br />
Malgré ces dynamiques toujours existences, il ne faudrait pas omettre tous les problèmes, tensions et la baisse dintensité du mouvement populaire générale par rapport à son ampleur de 2006. <br />
Mais pour sûr, comme le dit un jeune du village de Santa Rosa, dans la périphérie de la ville de Oaxaca « après tout ça, nous ne serons jamais plus les mêmes quavant ; nous ne pourrions pas lêtre et nous ne pourrions pas le supporter ». <br />
<br />
Samedi dernier, 14 juin 08, se commémorait deux années du début du mouvement avec de multiples mobilisations et actions quasiment pendant 24 H
<br />
Les « hostilités » débutèrent avant laube, entre 4h et 6h, où a différents points de la ville, se lancèrent fumigènes et fusées « sonorisantes », se crièrent des slogans et se « décorèrent » différents transports publics et privés. <br />
Arrivés un peu avant 6h au quartier d« El Rosario », connu pour avoir été lun des plus impliqués et résistants dans la construction dune basse populaire sociale massive durant le mouvement, nous sommes accueillis par des pains sucrés et une banderole sans équivoque « APPO EL Rosario siempre en pie de lucha, pres at s politic at s libertad » (APPO El Rosario toujours debout dans la lutte, liberté aux prisonnier-es politiques). <br />
La quarantaine de personnes déjà présentes attendent le passage des premiers bus et autres camions poubelles afin de les réquisitionner pour peindre quelques paroles urbaines populaires. Le mode daction est simple et décomplexé
Entre 5 et 10 personnes font barrage à loutil qui va servir à peindre et graffer, les chauffeurs ne sinterposent pas, laissant la conscience sociale sexprimer comme si cétait naturel et approuvé, et ainsi en quelques minutes, des ados surtout et quelques adultes expriment leurs idées
<br />
Aux slogans devenus communs « 14 de junio 06 Ni perdón ni olvido » (14 juin 06 Ni pardon ni oubli) et « La APPO vive » (La APPO est vivante), sen ajoutent dautres, plus personnels et imaginatifs : « Los transportistas también appo-yamos » (Nous appo-yons aussi Les transporteurs) ; « Territorio APPO » (Territoire de lAPPO) ; «Viva la Guelaguetza popular » (Vive la Guelaguetza- fête traditionnelle- populaire) ; « Aquí viaja URO » (Ici voyage URO-Ulises Ruiz Ortiz) graffé sur un camion poubelles ; « Muerte URO » (Mort à URO). <br />
Dautres pensées et revendications seront vocalisées par le chur d« El Rosario » pendant ce moment dexpression urbaine, et surtout durant la petite marche dans le quartier qui suivit, afin dinviter les habitant-es à les rejoindre à la megamarcha, et qui clôturera ce premier événement matinal! <br />
Les rues se font alors lécho de : « Lucha lucha, no dejes de luchar para un gobierno obrero, campesino y popular » (Lutte lutte, ne cesses pas de lutter pour un gouvernement ouvrier, paysan et populaire) ; « Ojos por ojos, diente por diente, Ulises, asesino, la cuenta esta pendiente » ( il pour oeil, dent pour dent, Ulises, assassin, la note est en cours ») : « Hombro con hombro, codo con codo, la APPO, la APPO, la APPO somos todos » ( Epaule contre épaule, coude à coude, la APPO, la APPO, nous sommes tous la APPO )
Et le petit bijou final sur les murs dun refuge policier déserté : « Señor policía, me das lastimas, pidiendo las armas, no puedes protestar » (Monsieur le policier, tu me fais pitié, car demandant les armes tu ne peux protester). <br />
La petite marche du matin se terminera par linvitation à rejoindre la méga marche débutant à 9h ; puis linvitation à différents événements en fin daprès-midi dans le quartier : musique, littérature et ciné. En guise de final, le chur du quartier entonnera lhymne national mexicain et celui devenu lhymne de la lutte des maetr at s: « Venceremos » (Nous vaincrons). <br />
A savoir que lappartenance à lEtat mexicain est très forte, même dans les communautés indigènes, cest le cas aussi dans les villages autonomes zapatistes au Chiapas qui arpentent les deux drapeaux : Zapatiste et Mexicain. Ce qui laisse à penser quils et elles reconnaissent lEtat et le territoire mexicain, ce qui peut paraître étonnant vu la construction historique et géopolitique des territoires indigènes préhispaniques colonisés de ce pays
A ver y a reflexionar
<br />
<br />
La méga marche convoquée à 9h, sur la route internationale « Christophe Colomb » (quel symbole !), au croisement de Trinidad de Viguera, partira vers 9h30, avec un cortège humain dune masse impressionnante, toujours difficile de donner un nombre et je ne my risquerai donc pas, mais il me semble que cétait quasi aussi peuplé que lannée passée où il avait été dénombré plus ou moins 150 000 personnes. <br />
Cette manifestation en marche denviron 3h jusqu à larrivée au Zocalo de Oaxaca, fut animée de diverses banderoles arpentant les revendications sociopolitiques ; de pancartes des personnes à juger ou destituer ; de pantins à leffigie de caricatures de Ulises Ruiz affirmant qu « A Oaxaca il ne se passe rien » (une de ces célèbres déclarations de 06), et un représentant Elba Esther Gordillo (cheffe ministérielle du SNTE- Syndicat National des Travailleurs de lEducation- depuis plus de 20 ans, en somme la Margaret Thatcher locale) déclarant « De lit en lit, jai gagné ma renommée ». En alternative aux dirigeant-es corrompu-es, un professeur dune communauté oaxaquenienne appelle à une politique indigène et à avancer vers un pouvoir populaire. <br />
Deux invités de prestige prendront aussi cours à la marcha, « Lenfant-saint de lAPPO », portant des bottes de mineurs, létoile rouge révolutionnaire et linsigne APPO, ainsi que « La vierge des Barricades » et son fameux masque à gaz pour se défendre des attaques armées anti-populaires. <br />
La musique, les chants et les churs de slogans furent aussi, comme de coutume, omniprésents, reprenant ceux déjà entonnés le matin et agrémenté des « Pres at s politic at s libertad » (Liberté aux prisonnier-es politiques ), « No al charrismo sindical, no vas a dejar nuestra sección XII a la IVIX » (Non à la bâtardise syndicale, ne laisse pas notre section 22- celles des maîtres en lutte- pour la 59- celles des maîtres vendus au syndicat du gouvernement). Tout le long de la manif, des dizaines de jeunes masqués, graffe, peinture et posent des pochoirs revendicatifs sur les murs publics et privés ainsi que sur les façades de petits commerces, vitrines dentreprises ou de banques
comme, entre autres, « Autonomía, Autogestión, Acción directa por la libertad » (Autonomie, Autogestion, Action directe pour la liberté), « Ni dios, ni amo, ni ejercito, ni estado » (Ni Dieu, ni maître, ni armée, ni Etat), « Le plan Merida = muerte » (Le plan Merida (coopération militaro économique EU et Mexique) =Mort), Ulises culero- Ulises puto » (Ulises enculé Ulises putain). <br />
<br />
Vers 12h30, larrivée au Zocalo se fait progressive, et est le moment de rafraîchissement, de collation et de prises de paroles. Parmi celles-ci, une intervention de la maestra Carmen Lopez Vasquez, forcée à lexil politique depuis 18 mois à la ville de Mexico, « Je suis de retour pour me réintégrer à votre lutte, peuple de Oaxaca, qui est ma grande famille. Ici, rien ne va marriver, personne ne va me détenir et jen ai la sûreté, pas parce que jai négocié avec le tyran, ni avec le gouvernement fédéral, jen ai la sécurité par vous, par le soutien des organismes de droits humains ». Carmen est à présente couverte par des protections judiciaires damparo, qui évitent les poursuites justiciaires et policières au Mexique. Flavio Sauza du PRD (Parti Révolutionnaire Démocratique), prisonnier politique libéré il y a quelques mois, dénoncera laction du PRI (Parti Répresseur Intolérant) et fera office aussi de sa réintégration à la lutte populaire
via son parti gauchiste ou pas ? Quien sabe ? <br />
Ezekiel Rosales Careno, dirigeant de la Section 22 du Syndicat National dEducation, quant- à lui, exposera les demandes des maestr at s que sont la destitution du gouverneur URO, la liberté des prisonnières politiques et de conscience, lannulation des ordres de détention et dassurer les conditions nécessaires pour le retour des exilés politiques. Sajoutera à ce discours la volonté dune réponse du gouvernement aux demandes des maetr at s de la section 22 : une convocation de leur syndicat sans conditions ; et labrogation de la loi de lSSTE, sécurité sociale des travailleureuses qui est en cours de privatisation. A noter quune dizaine de jeunes, masqués, sopposèrent à son discours par des huées, cris et jets de quelques objets pour lempêcher de sexprimer, et dénonçant sa collaboration avec le gouvernement afin de lever le campement des profs sur le Zocalo - qui prît fin ce 14 juin, après une occupation qui durait depuis le 15 mai, « dia del maestr@ » -. Ezekiel répondra que « ce sont des provocateurs envoyés par le gouvernement de lEtat, dépourvus dorganisation, de discipline et de formation politique idéologique »
Ben tiens, il a raison, un peu de discipline stalinienne et/ou fasciste dans cette trop grande démocratie populaire mexicaine, ça va permettre de remettre un peu dordre civil ! <br />
Le ton change et le calme revient quand David Venegas (Conseiller estatal de lAPPO et membre de VOCAl), prisonnier politique durant une année et libéré en mars dernier, prend la parole. Il insiste sur le fait que « ce mouvement nest pas un mouvement de leader. Nous savons que ce quest la trahison politique, ce quest la prison
Si nous étions des leaders, nous serions déjà au congrès des députés ». Dautres membres de VOCAL insisteront sur le besoin dappuyer les autres luttes populaires et autonomes comme le font, par exemple les membres du Front Populaire en Défense de la Terre dAtenco, présents à la marche. Un appel à manifester contre les attaques militaires et paramilitaires envers les caracoles zapatistes est appelé le jeudi suivant, au départ du monument Zapata. <br />
<br />
Un peu essoufflé après ces heures intenses dactions et de marches, jimaginais un petit temps de repos, mais cétait sans compter sur lénergie sans limites et la non réserve oaxaquennienne
<br />
En effet, est appelée aussitôt par quelques dizaines de jeunes anarchistes une occupation du croisement des avenues du boulevard « 5 Señores » qui est en fait un appel communautaire à reconstruire une des barricades les plus résistantes de 06. <br />
Arrivé sur le lieu dit, cest avec intérêt et respect que je découvre cette mise en uvre
Tout commence par le repérage de larrivée dun véhicule motorisé de grande taille, soit un bus de ville, un camion privé de PEMEX (Pétrole Mexicain), un autocar de lentreprise OCC. Puis quelques un-es larrête, les « emprunts » de matériels de transports seffectuant dans le calme, les passager-es descendant tranquillement, le conducteur suivant les directives de stationnement de deux co-pilotes improvisés, pendant que dautres assurent la circulation des voitures et le blocage progressive des routes, ainsi que la « déco urbain» des bus. Tout semble quasi naturel pour les personnes qui subissent ces réquisitions, comme si cétait leur quotidien, il est vrai aussi que sans être fataliste, la culture mexicaine se veut souvent solidaire. <br />
Les acteurs et actrices, une trentaine de personnes de 10 à 30 ans, ont lair davoir effectué ça toute leur vie
En lespace-temps de 3/ 4 dH, les barricades sont montées sur ce croisement davenues dont le trafic motorisé est très intense, vu son accès direct au centre ville historique de Oaxaca! <br />
<br />
La presse de masse (TV Azteca, Televisa
) et indépendante (La Guillotina, Radio Zinzine international
), afflue, à la connaissance de la nouvelle prise de « 5 Señores » . <br />
Quelques personnes parlent en leur nom de lobjectif et de la volonté de ces nouvelles barricades : « 5 Señores est la seule barricade où la Police Fédérale Préventive na pu nous déloger, cest un symbole de résistance »
«Nous ne voulons pas dun Oaxaca sous les barricades, mais nous voulons en finir avec la corruption politique et la crise sociale de lEtat »
« Nous ne savons pas combien de temps nous resterons, lobjectif est de tenir 5H, et voir sil y a un soutien de plus de monde, si des maestr at s viennent nous rejoindre, on avisera »
<br />
Il nen sera rien, deux heures plus tard, vers 16H, les barricades sont levées par décision consensuelle des metteurs en uvre urbano
Rendu des clés empruntés aux différents chauffeurs, et retour au centre ville dans deux bus collectifs qui nous assurent la course gratuitement ; lexcitation et lenthousiasme est très palpable lors du trajet vers le Zocalo, une sorte de désillusion aussi, les jeunes, voir très jeunes se remettant aussitôt à sniffer leur éther ou autre acide, afin certainement que le nouvel atterrissage dans le monotone quotidien ne soit pas trop brutal ! <br />
Cette nouvelle prise de « 5 Señores », symbolique et forte émotionnellement fut, sans doute, réussie ; mais lappel à un nouveau soulèvement populaire urbain sur les barricades, escompté de manière utopique, certainement pas ! <br />
<br />
Ce qui ne signifie en aucun cas que la commune de Oaxaca est morte, bien au contraire, elle est en pleine construction, mais sous dautres formes comme déjà évoquées auparavant, elle réfléchit à ses stratégies de lutte pour être le plus apte à combattre logre colon et capitaliste, et prends le recul nécessaire avec une intelligence de réflexion, qui pour ma part, inspire un profond respect. <br />
Les barricades oaxaquenniennes sont mortes, lAPPO et ses différentes luttes dautonomie indigènes communautaires bien vivantes ! <br />
<br />
A peine le temps de se rafraîchir dune « agua de sabor » au Zocalo, et la suite des affaires sociales nattendent pas, direction une nouvelle fois au quartier d« El Rosario » pour quelques activités culturelles. Ca débute par de la musique interprétée par différents profs, ou chanteureuses solidaires, accompagné-es par leurs voix et guitares révolutionnaires. <br />
La musique, comme « lexpression culturellle urbaine » (graffitis, stencils, pochoirs
) fut très présente et importante dans le mouvement de réappropriation sociale. Un film (qui était prévu mais reprogrammé ultérieurement faute de temps), tout fraîchement autoproduit vient de sortir autour de cela : « Sigueme contando sonidos de la lucha oaxaquena » (cesolacrata(at)gmail.com/ luzkemada(at)gmail.com) où sexpliquent, entre autres, les bases politiques et populaires des corridos, du son jarocho, du hip hop, de la musique traditionnelle
Ce fut dailleurs loccasion de pirater en exclusivité,, lors de lévénement, la toute dernière chanson en lutte de Oaxaca « Vive maestro querido », que jessaierai prochainement de partager via la toile sonore internationale! <br />
<br />
Ensuite, se déroula une présentation d'un livre « Palabra et trascendencia- Manual de Educación y Alfabetización popular » (éditions autogérées de Círculos de investigación) de Marcel Arvea Damian, entre autres formateur de maestr at s de Oaxaca, qui cherche et met en pratique des formes d'éducation populaire. C'était vraiment très riche, agrémenté par une critique de l'éducation capitaliste ; de la complémentarité de léducation publique et privé formant des personnes pour commander (issue de lUniversité Technique) et dautres pour obéir (issue de lUniversité Générale) ; et dune autocritique du fonctionnement des maestr at s de Oaxaca par rapport à leurs luttes et demandes, tombant parfois dans une bureaucratie quilles condamnent
<br />
Après avoir écouté les questionnements, les critiques de lauteur du livre, mais aussi celles de quelques maestr at s assumant leur participation populaire à la conférence ; ainsi que leur définition de léducation qui selon elles et eux doivent permettre un développement des capacités personnelles, de lautonomie et une vision de la liberté que choisira lélève
<br />
ça me paraissait être d'une réalité et d'une humilité très censé
et ainsi grâce à la magie de la cosmovision maya, pas mal déléments qui semblait toujours me manquer pour la compréhension de ce mouvement oaxaquennien me sont devenues plus clairs, surtout sur le rapport à la force et la détermination de la lutte et l'investissement des profs et instits au niveau de leur volonté dune transformation sociale! Ceci nétant possible, selon Marcel, quen rendant la parole à lélève et sur le fait que le prof sargue de lécoute, et peut se construire par léducation populaire ou dautres formes déducation non autoritaires et oppressives. <br />
« No tenemos que aprender si no enseñar » ( Nous ne devons pas enseigner mais apprendre). <br />
<br />
Deux adolescentes nous nourriront enfin de leur idéologie chantonnante, peut-être symbolique, mais démontrant une fois encore que la conscientisation sociale populaire na pas de limite dâge à Oaxaca, quelle soit dun vieux barricadier de 5 Señores dune dizaine dannées ou dune jeune médecin avoisinant la soixantaine
<br />
« Educación primero al hijo del obrero - Educación después al hijo del burgués » <br />
( Primero, éducation au fils de louvrier- Ensuite, éducation au fils de bourgeois) <br />
<br />
En début de soirée, suite à la levée du campement des maetr at s, le gouverneur de lEtat, Ulises Ruiz Ortiz, et le président municipal de la ville José Antonio Hernandez Fraguas, osèrent mettre les pieds au centre ville de Oaxaca, pour disent-ils « constater les tâches de ménage qui se sont réalisées tant sur le Zocalo que sur la Alameda de Léon (place annexe) »
une véritable honte de plus semée par URO, assassin indigne et corrompu, qui parle de ménage pour un campement humain, et saffiche comme sil était le négociateur de cette levée de campement, alors quelle nest pure décision et volonté du syndicat des professeurs. <br />
Honte à toi, gouverneur illégitime pour la majorité des oaxaquennien-es, et prends garde à sortir bien couvert, car tu as certainement pu observer quen ce jour de lutte combative du 14 juin, certain-es habitant-es continuaient de demander ta destitution, mais aussi quelques un-es, à présent, ta mort
! <br />
Espérons que lors de la Guelaguetza populaire (« lart de donner »), fête traditionnelle de Oaxaca, les corps policés se fassent aussi discrets quen ce 14 juin, afin quelle ne subisse pas cette année une répression semblable à celle daoût 07. Et que le peuple puisse ainsi vivre ses réelles traditions, coutumes et danses, perpétuées par des milliers dindigènes en compagnie de leurs ami-es ; face à la Guelaguetza commerciale, pamphlet folklorique à des prix exorbitants, consommée par quelques centaines de touristes dexportation. <br />
<br />
Enfin, pour terminer cette longue et riche journée de tequio (travaux communautaires) oaxaquenniens, como de costumbre, une collectivisation de la fête et de la danse simprovise en différents lieux
Ca sera sans moi, cette fois, car je men vais réfléchir et reposer toutes les expressions sociales et autres activités de ce 14 juin combatif, qui ne peuvent que mieux me faire comprendre la réflexion, les pratiques, et la lutte en défense des idéaux populaires et communautaires des peuples de Oaxaca
avec lequel je partage un intense et sincère respect, en menrichissant de leur humilité, faisant fuir tout élitisme autoritaire de quelques maîtres quils soient!<br />
<br />
Un saludo libertario depuis le pays du chocolat, du mezcal et de ses autoproductions affiliées
<br />
<br />
Ian <br />
<br />
PS : comme vous aurez certainement une débordante envie den savoir, et donc den lire et den écouter beaucoup plus
voici quelques allié-es pour vos salles de lecture et autres caves à son francophones et hispanophones ! <br />
<br />
LIVRES : <br />
« La Commune dOaxaca - chroniques et considérations» <br />
( Georges Lapierre-édition Rue des cascades / 08) » <br />
<a href="http://cspcl.ouvaton.org/article.php3?id_article=566" title="http://cspcl.ouvaton.org/article.php3?id_article=566">http://cspcl.ouvaton.org/article.php3?id_article=566</a> <br />
<a href="http://www.decitre.fr/livres/La-Commune-d-Oaxaca.aspx/9782917051030" title="http://www.decitre.fr/livres/La-Commune-d-Oaxaca.aspx/9782917051030">http://www.decitre.fr/livres/La-Commune-d-Oaxaca.aspx/9...51030</a> <br />
« La batalla por Oaxaca» (édition « Yope power » / avril 07) <br />
« La Guillotina especial Oaxaca » (La Guillotina / 07) <br />
« México : Stencil : Propa - El arte político urbano» ( RM & Mr Fly /08) <br />
<br />
FILMS : <br />
« Un poquito de tanta verdad » <br />
(ST francais) (Jil I. Freiberg-Corrugated films & Mal de Ojo TV / 07) <br />
<a href="http://www.sub-way.fr/index.php?shard=blog&action=g_view&ID=10920&userID=20280" title="http://www.sub-way.fr/index.php?shard=blog&action=g_view&ID=10920&userID=20280">http://www.sub-way.fr/index.php?shard=blog&action=g_vie...20280</a> <br />
<a href="http://88.191.11.97/video/un_poquito_de_tanta_verdad_Xvid.avi" title="http://88.191.11.97/video/un_poquito_de_tanta_verdad_Xvid.avi">http://88.191.11.97/video/un_poquito_de_tanta_verdad_Xv...d.avi</a> <br />
« Compromiso cumplido- Lengagement accompli » (Mal de Ojo TV / 07) <br />
<a href="http://maldeojotv.net/" title="http://maldeojotv.net/">http://maldeojotv.net/</a> <br />
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SITES / LIENS INTERNET <br />
*Emissions radio autoproduites sur Oaxaca et le Mexique, hébergées par le Caracol Azul, escargot révolutionnaire
<br />
<a href="http://www.kehuelga.org/~caracolazul/ian/" title="http://www.kehuelga.org/~caracolazul/ian/">http://www.kehuelga.org/~caracolazul/ian/</a> <br />
* Le jouet enragé <br />
<a href="http://lejouetenrage.free.fr/net/spip.php?rubrique21" title="http://lejouetenrage.free.fr/net/spip.php?rubrique21">http://lejouetenrage.free.fr/net/spip.php?rubrique21</a> <br />
* Interview de la Doctora Berta Muñoz <br />
<a href="http://www.tu.tv/videos/aristegui-la-voz-de-la-appo-oaxaca" title="http://www.tu.tv/videos/aristegui-la-voz-de-la-appo-oaxaca">http://www.tu.tv/videos/aristegui-la-voz-de-la-appo-oaxaca</a> <br />
* Oaxaca libre <br />
<a href="http://oaxacalibre.org/oaxlibre/index.php" title="http://oaxacalibre.org/oaxlibre/index.php">http://oaxacalibre.org/oaxlibre/index.php</a> <br />
* Oaxaca en pie de lucha <br />
<a href="http://oaxacaenpiedelucha.blogspot.com/" title="http://oaxacaenpiedelucha.blogspot.com/">http://oaxacaenpiedelucha.blogspot.com/</a> <br />
* VOCAL (Voix Oaxaqueniennes pour la Construction de lAutonomie et la Liberté) <br />
<a href="http://vocal.lahaine.org/" title="http://vocal.lahaine.org/">http://vocal.lahaine.org/</a>
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