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Date : Monday, Jun 22 2009, 10:21am
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Link: http://nantes.indymedia.org/article/17575
--- Story 17575 ---
Title : Confection de LAlloeu : chronique dun lâchage
Subtitle :
Topic : Luttes salariales
Region : Global
Type : Valide
Language : Francais (fr)
Author : La Brique
Organisation : journal
Email : labrique.lille at free.fr
Phone :
Address :
Related Link : http://labrique.lille.free.fr/spip.php?article972
Time Posted : Thursday, Jun 18 2009, 11:34am
--- Summary ---
Chronique d'une lutte ouvrière sur plusieurs mois.
--- Content ---
Nous avons suivi pendant plusieurs mois les ouvrières de la Confection de lAllu, à La Gorgue. Elles se battent depuis lété dernier. En février, elles ont tout simplement été « liquidées ».<br />
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"On veut la vérité ! » Ce 24 juillet, la centaine douvrières [1] de la Confection textile de lAllu, à La Gorgue (groupe Hacot Colombier), débraye « pour avoir des réponses à [leurs] questions ». A quelques jours des congés, elles appréhendent déjà la rentrée : pas envie de retrouver la grille cadenassée en septembre. Dabord, il y a eu une partie de la production délocalisée en Tunisie. Maintenant, on leur dit quune secrétaire a tapé dans la caisse et que le directeur a détourné des client-es à son profit. Et puis, il y aurait trop de CDD
Une dizaine de contrats ont débuté en septembre 2007, jusque fin mai 2008. « Puis on nous a dit que les contrats étaient prolongés jusque fin décembre 2008, raconte Brigitte. On na jamais eu ces contrats. Enfin, on nous a annoncé début juillet que cétait terminé à la fin du mois
» Ici, on fabrique essentiellement du linge de maison : draps, rideaux
Le quotidien, cest rendement, Smic et polyvalence à outrance : « On acceptait les ho
raires, les postes
On a accepté beaucoup de choses. [
] On coupe, on pique, on emballe. Cest tout juste si on ne doit pas faire les expéditions. » Trouver un CDI ? Brigitte ny croit pas : « On va devoir se recycler, faire une formation
» Mais ici, aucun plan de formation digne de ce nom na été mis en place. En réunion, Mireille Desbuisson, la secrétaire (CGT) du comité dentreprise (CE), a évoqué la question de la conversion : « Ils ne nous parlent que des formations dauxiliaire de vie, parce que cela ne leur coûte pas cher
»<br />
<br />
Novembre 2008 : un peu de répit
et de prudence<br />
<br />
Début novembre, coup de fil à Mireille Desbuisson, pour prendre des nouvelles. En septembre, lactivité a repris presque comme si de rien nétait. Pour un peu, lambiance serait presque au soulagement. Lancien directeur, licencié, a été remplacé par un consultant, rémunéré sur « factures ». « Il essaie de réorganiser [lentreprise]. Il a lair de croire que la Confection de lAllu va durer. Mais avec combien de personnes, cest la question. » Quelques primes au rendement ont été instituées, avec des fortunes très diverses : 76 euros pour une
39 centimes pour une autre. Autre coup de fil dans les Vosges, où est basé Jean-Michel Ulrich, secrétaire (CGT) du comité de groupe [2]. Il craint que, « dans quelques mois [
] de nouvelles suppressions de postes soient annoncées ».<br />
<br />
Janvier 2009 : un coup en traître<br />
<br />
En janvier, sale ambiance : la direction de la Confection annonce en CE, à la surprise générale, la mise en cessation de paiement. La suite est déjà annoncée : ce sera la liquidation judiciaire. Depuis plusieurs semaines, les salariées chôment deux jours par semaine. Le 27 janvier, le tribunal de commerce de Lille examine le dossier à huis clos. Dans le hall, les salariées se repassent le film. Cest vrai que le nouveau directeur avait lair dy croire. Cest vrai aussi quil les a toutes reçues individuellement, avec des questions du type : « Vous avez le permis ? Une voiture ? Des enfants ? Que savez-vous faire ? » Avec le recul, ça ressemblait furieusement à un tri avant un plan de licenciements. Mais là, si le tribunal prononce la liquidation, tout le monde se retrouve sur le carreau.<br />
<br />
La porte de la salle daudience souvre ; les patrons et leurs avocats filent dans lascenseur. Me Leostic, lavocat envoyé par la Fédération textile CGT, prend la parole : le tribunal a refusé la liquidation et soriente « selon toute vraisemblance » vers le « redressement judiciaire ». Nouvelle audience dans une semaine. Avant le départ du bus pour La Gorgue, il leur conseille : « Restez dans lentreprise, occupez vos postes ; le contrat de travail se poursuit. Pas demportement, pas de gestes déplacés. »<br />
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Février 2009 : faux espoirs<br />
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Le 3 février, le sort des 95 salariées se joue à nouveau à huis clos. Attente angoissée. La mine défaite, Me Leostic vient annoncer que la liquidation a été prononcée : « On devait rouvrir les débats. [
] Cest incompréhensible ». Philippe Bauve, lexpert qui travaille avec le comité dentreprise, est formel : la semaine dernière, il a bien entendu ces mêmes juges « débouter la direction de Hacot de sa demande ». Aujourdhui, le patron quitte le tribunal par lescalier, en passant au milieu des salariées. Cris de colère : « Alors M. Hacot, vous êtes content ? » « Encore 95 chômeurs de plus ! » « Mais il sen fout ! » « Vous pensez nous payer au moins ? » « Voleur ! » « Elle est où ″la grande famille″ ? » Allusion à une envolée lyrique du directeur financier, qui avait comparé lentreprise à une « grande famille ».<br />
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Philippe Bauve revient sur le fond du dossier. Il nous explique quaprès plusieurs nouveaux contrats décrochés par la Confection dans le nautisme, notamment , le démarchage a été stoppé. Liquidation organisée ?<br />
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Mars 2009 : le combat continue<br />
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Mercredi 11 mars, à Houplines, devant le siège dHacot Colombier. Les premières sont arrivées à 7 heures pour une journée de blocage. Certaines viendront après la distribution aux Restos du Cur, où elles sont réduites daller chercher à manger pour nourrir les gamins. Cest ici, à Houplines, quest gérée la logistique des entreprises du groupe. Un camion se présente à lentrée : « Stop ! » En passant, les voitures klaxonnent, par solidarité. Le combat des nanas de lAllu commence à être connu. Quelques jours plus tôt, elles ont distribué 3 000 tracts dans la rue principale de la ville. De réunion en réunion, le patron fredonne la même chanson : la Confection a été liquidée, son groupe na plus rien à voir là-dedans. Il lâche des miettes : 50 000 euros de formation, sur deux ans. Soit
250 euros par tête de pipe et par an. Grand seigneur, il finira par consentir 300 000 euros, tout compris. Elles demandent « 25 000 euros pour indemnité supra-légale po
ur chacune des salariées », précise leur tract. On est loin du compte.<br />
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Claudie, Nadine, Marie-Françoise et Maryline sont écurées. Les salaires de février, réglés par lAGS [3], nont été versés que la veille. Et encore, « il a fallu aller chercher le chèque chez le liquidateur [à Lille] ; il ne les avait pas envoyés ! » En attendant, à chaque incident de paiement, cest 20 euros de frais bancaires en plus. « Samedi, on devrait recevoir les lettres de licenciement. »<br />
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Le 19 mars, sur proposition de lunion locale CGT, elles se retrouvent en tête de la manif dArmentières plus de 500 personnes , qui démarre même devant les grilles de leur patron, à Houplines. Un moyen de remettre un petit coup de pression et de leur regonfler un peu le moral dans cette lutte sans merci.<br />
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Notes :<br />
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[1] Les salarié-es de la Confection étant quasiment exclusivement des femmes, nous avons opté pour le féminin dans lensemble de larticle.<br />
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[2] Le groupe Hacot Colombier emploie 550 personnes dans le tissage, la teinturerie, la confection textile et la fabrication de matières plastiques, à La Gorgue, Sailly-sur-la-Lys, Armentières, en région parisienne et dans les Vosges.<br />
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[3] LAGS (Association pour la Gestion du régime de garantie des créances des Salariés) prend le relais des entreprises défaillantes, notamment en cas de liquidation.
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