[imc-nantes] concernant l'histoire de baptiste

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Ven 24 Sep 21:37:15 PDT 2004


suite aux discussions à la dernière réu, je vous envoie un des textes qu'a
écrit baptiste concernant son histoire de viol au danemark si voulez les
autres faut le contacter...


                Première partie: "boycott rapist et moi".

 Et après !?!

  "Boycott rapist" et vlan! Me voilà fiché au moins en Europe et peut-être
  même plus. Catalogué, icônifié comme étant LE symbole du violeur. Tiens
  j'irais bien là-bas: "C'est quoi ton nom?"  "Baptiste? Baptiste le
  violeur du Danemark?" La violence du texte est telle que certain-es
  remettent en cause l'authenticité du message. Pourtant ce n'est pas une
  blague. Un viol, un abus sexuel, cela nous semble bien loin de nos
  "chers" milieux où l'on se bat pour un monde meilleur. Enfin on croit.
  Voilà, c'est là? là où on l'attendait pas. Ce n'est  pas tout, le
  perpétrateur est un proche, un garçon connu dans les environs (à échelle
  européenne), je fréquente des squats, des concerts, des contre-sommets,
  diverses manifs. Et pourtant... Qu'importe, maintenant on sait qui il
est, où il
est, un mec comme on en
 croise tous les jours dans rue, ils vous sifflent, vous regardent, vous
 accostent, en gros vous oppressent. Celui-là on a mis le doigt dessus on
 se l'fait, il servira d'exemple, il est même question de lynchage. Mais
 voilà ça n'est pas si simple, certain-es le connaissent, par exemple j'ai
 des ami-es, avec qui des fois j'ai entretenu des rapports intimes,
 sexuels, physiques ou non. Mais ces gens qui me font confiance veulent
 comprendre mon acte, me soutenir et m'aider si besoin est. Illes doutent,
 mais se disent que tout n'est pas tout blanc ou tout noir. Alors
 peut-être il y a des explications, des circonstances, un contexte dans
 lequel des choses peuvent arriver sans que l'on n'ait vraiment voulu,
 pris conscience, désiré. Ce qui, soyons d'accord, n'excuse en rien mon
 acte, mais juste resitue. Pour ces gens là, pour celleux qui veulent me
 donner du crédit, pour tout le monde d'ailleurs bref... Voici un court
 texte, une ébauche sur ce qui peut être le début d'une réflexion sur les
 agressions sexuelles dans nos communautés, mais aussi en général. Un
 texte qui je l'espère élargira la vision restreinte qu'on peut avoir du
 viol. Un texte qui ne se veut pas justificatif, non, mais qui veut
 traduire la volonté que j'ai eue, que j'ai et que j'aurai encore de
 combattre ma construction sociale qui ne me convient pas.
   Sur le viol !

Les aggressions sexuelles les plus courantes ne sont pas seulement ce dont
les médias et autres institutions bourgeoises nous parlent. À savoir les
déviances de pervers libidineux, de dangereux psychopathes ou encore de
l'exhib qui attend au coin de la rue. Cela ne se passe pas toujours dans
les cris, les pénetrations forcées après coups, blessures et chantages.
Non, même si ces situations existent, elles ne sont pas majoritaires,
elles sont  plutôt des stéréotypes qui sont entretenus par des téléfilms
et autres média racoleurs, conservateurs qui alimentent les pensées
réactionnaires des masses lobotomisées, manipulées et soumises qui
servent l'état et la justice dont les lois défendent évidemment leurs
fondateurs. À savoir les minorités de riches, les patriarches. Mais le
système patriarcal nous inculque pourtant clairement et très tôt des
rapports de dominations (dont le viol), dans nos pratiques intimes, nos
relations sociales et genrées, depuis notre plus "tendre" enfance et ce en
tant qu'oppressé-es et/ou d'oppresseurs.    - À travers une éducation
sexuelle
hétéronormée binaire basée sur la
    pénétration avec un schéma éjaculation=orgasme, dictature normée d'une
    vie sexuelle "nor-mâle" dont beaucoup de personnes se sentent
    rescapé-es, survivants-tes, passifs-ves mais certainement pas
    acteurs-trices.    - À travers le couple, institutionnalisé ou non,
qui nous
convainc
    qu'avec le temps et l'habitude et par le biais d'un contrat imposé
    dans/par l'inconscient collectif, notre propre corps ne nous
    appartient plus, il est à la disposition de l'autre. Ah le fameux
    devoir conjugal. Plus communément dit "droit de cuissage".    - Aussi,
le tabou
entretenu sur le sexe, la sacralisation des rapports
    charnels, sacralisation passant aussi par l'étalage de corps
    "pas-refait" dont on nous gave jusqu'à vomir comme on gave les oies
    pour en consommer leur cancer. Toujours est il, que des viols, les
trois quarts
du temps se produisent
 au sein des relations durables, entre ami-es et/ou avec les gens en qui
 l'on avait confiance, sans qu'il y ait de coups portés, de voix haussées
 ou autres clichés, les victimes étant tellement conditioné-es dans leur
 rôle qu'être passif-ves, subir est devenu routinier.
      Le viol c'est une relation sexuelle non-consentie, avec ou sans
      pénétration.
 Combien de filles n'osent même pas prononcer un NON avec leur partenaire
 et quand bien même elles le disent combien de fois ce NON est pris au
 sérieux ou ne serait-ce qu'entendu. Ces soumissions, frustrations, sont
 le reflet du mode de fonctionnement patriarcal qui pèse et s'étend bien
 au delà de la vie sexuelle, mais qui se traduit dans celle-ci comme des
 viols, des abus. Dans l'état actuel des choses, tous les garçons sont
 "potentiellement" des violeurs.  Malheureusement trop souvent cette
potentialité se
transforme en
  passages à l'acte, consciemment ou pas. Puis, un jour, un cas parmi tant
  d'autres se retrouve exposé au public, comme en ce moment. Le violeur,
  c'est quelqu'un de notre entourage, quelqu'un de proche, un ami même. La
  plupart du temps la victime aussi. À qui on posera d'ailleurs un tas de
  questions genre:        -"Es-tu vraiment sûre de ce que tu avances?"
        -"Violée comment ça? qu'est-ce qui s'est passé?"
         -"T'es sûre d'avoir dit non?"
         -"Peut-être y a un malentendu?"
  Situations récurrentes, même dans les milieux alternatifs ou l'on
  croyait construire des relations exemptes de ces comportements, de
  demande de justifications.Comment gérer collectivement/individuellement ces
situations? Comment
parvenir à communiquer avec le coupable, lui faire prendre conscience de
ce qu'il a fait? Comment s'assurer qu'il y aura effectivement un
changement, une remise en question, une évolution vers d'autres rapports.
Qu'il n'y aura pas de récidive?  Comment trouver un juste milieu entre:   
    -le rejet
total du perpétrateur,
        -la non-reconnaissance de la victime.
 Mon but dans ce texte n'est pas de répondre à ces questions de justice et
 d'exclusions. Bien que je ne crois pas aux tribunaux populaires ni à la
 punition. Ce que je souhaite avant tout, c'est faire part de mon ressenti/
 expérience face à toute cette histoire. Comment j'y ai été confronté et
 d'ailleurs y suis encore.
                Deuxième partie: Et après qu'est-ce que "nous" proposons.

 Force m'est de constater, que les personnes ayant réagi, mis de
 l'énergie, écrit des textes, sont à quelques exceptions près, des filles.
 Je suis depuis  janvier dénoncé publiquement, ça j'essaie de l'assumer,
 ce qui me gêne, ce n'est pas tant de porter cette responsabilité, c'est
 surtout de voir que "les garçons" qui m'entourent et qui se disent être
 concernés ne font rien de concret pour avoir à la porter aussi... cette
 responsabilité. -Merci l'anonymat-. Je commence à comprendre pourquoi
 "boycott rapist" a été diffusé, c'est que "nous" les garçons, dans un
 sujet tel que le viol, il semble évident qu'avant d'être mis au pied du
 mur, avant de se sentir "menacé", "on" ne soit pas prêt à agir pour
 assumer "nos" actes, et ça, ça me fout les boules. Combien de fois
 j'entends des mecs reprendre des slogans pro-féministes, crier au
 violeur, comme si cela ne les incluait pas dans le lot. C'est horrible,
 mais j'en viens à me dire que au moins ce qui m'arrive m'a poussé à avoir
 une réelle remise en question quant à ma condition/rôle de garçon dans ce
 monde. Si il faut effectivement en arriver à une délation ou des menaces
 pour que "l'on" se sente concerné, et bien ça m'inquiète. J'en ai marre
 de voir s'aglutiner autour de moi des signes de "solidarité", de
 compassions. Pourquoi pas de pitié tant qu'on y est.        -"C'est
horrible ce qui
t'arrive."
        -"Si ça c'était un viol, ben dis donc, moi aussi j'en aurais violé
des
        filles". MERDE!!! Sans blague... mais le viol ça j'ai bien compris
que ne suis pas
 le seul, alors allez-y bordel, exprimez-vous, positionnez-vous
 clairement. Bah non, car tant qu'il reste une possibilité de vivre
 tranquille sans avoir à confronter le devant de la scène, "on" reste
 caché, jusqu'à ce qu'une "féministe-radicale" choisisse un jour de ne pas
 épargner l'un d'entre nous. En ce moment c'est moi. Je ne veux pas fuir,
 j'ai violé, je pense d'ailleurs que c'est arrivé plus de fois qu'on ne me
 le reproche, ma sexualité à été conditionnée sur des rapports de
 dominations, je suis un "mec" quoi. Seulement ça ne me plaît pas à moi
 d'être "un mec". Alors je veux en parler, je veux comprendre, je veux
 poser d'autres bases pour de nouvelles relations, homo, hétéro, bi, à
 deux ou à plusieurs, tout seul. Je ne peux/veux plus faire confiance aux
 garçons, moi inclus. Mais qu'est ce qu'"on" fait maintenant??? hein? Ces
trois
derniers mois ont été sous le signe de la frivolité du "on
 verra bien", c'est l'été, il fait beau tout va bien se passer, "les gens
 sont cool tu verras". C'est comme ça que malgré mes inquiétudes et mes
 hésitations, mes réticences, je me suis retrouvé à grenoble, comme si de
 rien était. Puis, tiens, comme ci cela ne suffisait pas "on" m'inscrit
 sur la liste des vendanges. "tu verras on sera entre nous". "Ouais
 cool!!!"  Je ne rejette pas la faute sur "les autres" mais je critique
 l'inconséquence qui règne et à laquelle je participe sûrement. Je m'en
 veux à mort d'avoir fait preuve de tant de légèreté. J'ai au moins appris
 une chose dans tout ça, je ne fais plus confiance QU'À MOI MÊME et
 surtout je prends mes responsabilités (enfin j'essaie).
  Je ne suis pas "pro-féministe", je ne veux pas entreprendre un processus
  de déconstruction genrée pour faire "plaisir" aux féministes, ou parce
  que j'ai peur d'être rappelé à l'ordre. Cette démarche vient de moi, de
  ma volonté de sortir d'un rôle pré-défini qui me gave. Ce que je
  recherche, c'est une identité existante et revendicatrice de garçons qui
  se battent contre la domination du patriarcat, contre le sexisme, qui
  ont une volonté de détruire le sexisme autrement qu'en reprenant les
  discours qui nous sont pré-mâchés par "les filles". J'en ai marre
  d'avoir l'impression "qu'on" attende, là, béants "qu'on" nous dise ce
  qu'il faut faire ou non, ce qui est bien ou mal. L' organisation entre
  garçons ne doit pas être une contrainte que l'on se met pour avoir bonne
  conscience ou pour faire comme nos copines féministes qui se réunissent
  entre elles. Si "l'on" prétend vraiment combattre le sexisme, il est
  temps que "l'on" s'organise de manière active afin de faire évoluer nos
  rapports, que "l'on" tienne un discours/position claire, concrète.
  D'agir en conséquences, parce que c'est bien d'être d'accord. Mais pour
  ça c'est sûr il faut se sentir concerné...
 Voilà, j'écris ce texte en tant que perpétrateur, quelle crédibilité cela
 peut bien me donner? j'en sais rien. Cela ne m'empêche pas de tenter une
 contribution dans un sujet qui me concerne/touche. J'assume ma part de
 responsabilité, mais pas d'être le symbole ou l'icône de deux mille ans
 d'oppressions patriarcales (du moins pas tout seul) que moi aussi tant
 bien que mal je veux vaincre ou plus modestement m'en détacher.

Baptiste.
explosions at boum.org

 PS: J'ai aussi écrit un texte qui raconte en détails et de mon point de
 vue ce qui s'est passé au Danemark. Cette histoire, quasiment que des
 garçons me demandent de la raconter. alors j'ai décidé de ne pas la
 diffuser pour ne pas imposer la lecture d'un viol à des personnes qui ne
 le désirent pas. Néanmoins je l'enverrai à quiconque m'en fera la
 demande.




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