[Indy Paris] Nouvel élan des manifestations de rue en Iran
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Mar 11 Aou 15:04:15 PDT 2009
Nouvel élan des manifestations de rue en Iran
11 08 2009
Larges extraits d'un intéressant article publié aujourd'hui (11 août) par The Times, "New Momentum - But No Clear Goal - for Iran's Street Protests" ("Nouvel élan, mais sans objectif précis, pour les manifestations de rue en Iran"). Il ne s'agit bien sûr pas d'un article militant, mais il montre à la fois que la contestation est toujours bien présente (et même qu'elle se radicalise), et qu'un fossé se creuse entre les aspirations des protestataires et celles de la fraction "réformatrice" du régime.
Pas un seul supporter ne s'est montré le 7 août pour le match d'ouverture de la saison de football iranien suivie avec passion. Après que le gouvernement ait pris des mesures pour que les protestataires n'amènent pas les manifestations de rue dans le stade national de 100.000 places, les autorités ont décidé que les équipes rivales d'Ispahan et de Téhéran joueraient dans un local vide, plutôt que de risquer une nouvelle démonstration embarassante de couleurs vertes et de cris "mort au dictateur !".
Ces derniers jours, malgré les grands efforts du régime pour étouffer la résistance, les manifestations sont devenues moins centralisées et plus fréquentes ( elles se font souvent de maniére sauvaghes et spontanée et de nuit ) alors que les protestataires deviennent plus audacieux et plus agressifs. Ce changement d'humeur, depuis l'abattement de la fin juin après que les bassidji aient ouvert le feu sur les protestations qui ont suivie l'élection présidentielle du 12 juin, à un renouveau d'optimisme, est un signe que le mouvement de protestation ne s'arrêtera pas de si tôt. "C'est le devoir national de chaque homme et de chaque femme de descendre dans la rue" dit un étudiant protestataire d'environ 25 ans. "C'est loin d'être fini".
Selon les entretiens menés avec une demi-douzaine de manifestants, leurs objectifs apparaissent comme ayant évolués au-delà de demander leurs voix pour Moussavi lors de l'élection contreversée. L'objectif est maintenant d'attaquer la légitimité de la théocratie. Ce qui déclenche les manifestations, cependant, est très varié et souvent lié à des dates significatives. Ainsi par exemple, la semaine dernière, les manifestants ont défilé pour protester contre l'investiture du président Ahmadinejad pour un second mandat, pour s'opposer aux nouveaux procès de masse contre les dissidents politiques, ou simplement pour profiter d'une fête religieuse lorsque de nombreux bassidjis dévôts sont à la mosquée.
La protestation la plus spectaculaire a eu lieu le 30 juillet, lorsque des milliers de personnes se sont rassemblées pour commémorer la mort de Neda Agha-Soltan, la jeune femme de 26 ans dont la mort a été filmée et diffusée dans le monde entier. Parce qu'il y avait deux centres pour les protestations situées à deux extrémités de la ville, les forces de sécurité étaient trop diluées et ne pouvaient calmer la foule dans plusieurs quartiers. Les manifestants ont commencé à chanter "mort à Khamenei", une phrase que presque personne n'osait prononcer lors de précédentes manifestations.
Depuis, les slogans sont devenus plus acerbes et font même allusion à la violence : "Nous sommes les enfants de la guerre, nous luttons et riposterons" ou "je tuerai celui qui a tué mon frère". Les tactiques ont aussi changé depuis les marches de millions de personnes silencieuses juste après l'élection. Des groupes d'une douzaine de jeunes protestataires ont été vus lancer des slogans et organiser la foule, et dans certains cas mettre le feu aux poubelles au milieu des rues pour bloquer l'arrivée des forces en moto. Selon plusieurs manifestants, plusieurs dans la foule ont publié des brochures sur comment combattre les forces de sécurité, avec des suggestions comme comment rendre inutilisables les motos des bassidjis. Des forums ont appelé à placer des billes, des bouchons a clous ou a deverser des bouteilles d'huiles de vidanges sur les routes (.).
Les manifestations les plus spontanées, dont le chiffre des participants tourne autour de quelques centaines a plusieurs milliers, sont toujours un jeu du chat et de la souris avec différentes forces de sécurité, dont la plupart ne sont plus armées de fusils. Mais les bassidji ont répondu aux protestataires qui ont de moins en moins peur, qui ne fuient plus les gaz lacrymogènes, et selon un témoin, certains manifestants renvoient les grenades lacrymogènes à coups de pied sur la police anti-émeute.
Maintenant les bassidji affrontent les manifestants avec des chaînes, des fouets, des tasers et des barres de fer. Un manifestant dit qu'ils les a vu utiliser des pistolets de paintball pour masquer les protestataires et les arrêter plus tard. Lors d'une récente conférence de presse, le procureur général des actuels procès de masse, a dit qu'en moyenne 100 personnes, la plupart accusées d'être des manifestants, ont été arrêtées chaque jour depuis le 12 juin. (.)
Alors que les actions de rue connaissent un nouvel élan et adoptent de nouvelles stratégies, les objectifs à long terme restent nébuleux. Le but est-il de rendre le pays ingouvernable ? Ce n'est pas le but d'au moins une partie de l'opposition qui est membre de la bureaucratie au pouvoir. Menacés par Ahmadinejad au cours des quatre dernières années, ils seraient heureux qu'il parte, mais veulent aussi conserver le système bureaucratique qui est la source de leurs privilèges et de leur pouvoir.
De plus, les affrontements toujours plus violents entre les manifestants et le bassidj va multiplier le nombre des martyrs et un cycle de protestation et de répression.
Une longue période de protestation va aussi augmenter la division de l'opposition, entre une foule radicalisée dans les rues et une élite politique qui peut plutôt chercher un compromis. Pour les dirigeants de l'opposition (qui continuent de contrôler d'importants fiefs politiques au sein du régime), les manifestations sont spectaculaires, mais temporaires, un moyen de faire pression sur leurs riveaux de la ligne dure. En effet, les deux factions (.) pourraient chercher un compromis qui serait acceptable par tous, sauf, peut-être, par la jeunesse radicalisée et toujours pleine d'énergie des rues de Téhéran.
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